La recherche médicale en quête de partenariats
ALAIN PEREZ
Publié le : 09 janvier 2008
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La découverte d'approches thérapeutiques passe par une collaboration étroite entre les centres de recherche financés par des fonds publics et les industries.
La valorisation de la recherche reste une source de polémiques franco-françaises. Comment transférer le savoir académique vers l'industrie ? Quelles sont les règles du jeu de ces partenariats en principe « gagnants-gagnants » ? Pourquoi les universités anglo-saxonnes réussissent mieux dans cet exercice ? Pourquoi des chercheurs français du public restent idéologiquement fermés à la collaboration avec le privé ? Le rapport publié l'an passé par l'Inspection générale des finances (*) a mis en lumière les faiblesses d'une organisation hexagonale fonctionnant selon des règles de défiance réciproque, malgré des exceptions. Dans le dernier numéro de la revue « Esprit » (**), deux des auteurs de cette enquête pointent les
« retombées socio-économiques insuffisantes de la recherche publique française ».
Alors que les « PPP » (partenariats public-privé) deviennent la référence mondiale, la France reste coincée dans une coûteuse exception qui se résume par un slogan digne d'Astérix : « Chacun reste maître dans son village ».
« Le volume des contrats effectués pour le compte des entreprises par la recherche publique n'a pas connu de hausse depuis 1992, et il tend même à diminuer en valeur réelle. Cette faiblesse est très marquée pour la recherche académique. La part des contrats des entreprises dans son financement stagne depuis 1995 au niveau de 2,7 %, alors qu'elle est passée de 8 % à 13 % en Allemagne. Sur 21 pays répertoriés par l'OCDE, seuls le Portugal, la République tchèque et la République slovaque obtiennent des résultats inférieurs à la France »,
précisent les inspecteurs des finances Philippe Guillaume et Emmanuel Macron dans le brûlot publié par « Esprit ».
Quand il existe, le transfert vers le monde industriel reste l'oeuvre de quelques kamikazes pactisant avec un diable patronal soupçonné de « piller » les découvertes du monde académique.
« Les trois quarts de l'activité contractuelle sont le fait de moins de 3 % des laboratoires »
, indiquent les auteurs. C'est dans le domaine des sciences du vivant que la situation est la plus critique. Une recherche publique productive et partageuse induit mécaniquement trois effets secondaires positifs qui bénéficient à toute la société. Elle est à l'origine de percées thérapeutiques, assure des retombées économiques et industrielles (différées dans le temps) et améliore l'image et l'attractivité scientifique du pays.
Couple solide
Contrairement à une idée reçue, science de haut niveau et valorisation forment un couple solide et fertile, surtout dans le domaine biomédical. Le bilan publié par le Milken Institute américain confirme que les universités pratiquant une stratégie de valorisation dynamique dans le domaine des biotechnologies produisent en parallèle une recherche fondamentale de qualité (voir infographie). L'université américaine Johns Hopkins, temple de la recherche médicale qui ne compte plus ses prix Nobel, dépose trois fois plus de brevets par an que tout le secteur des sciences du vivant hexagonal riche de près de 12.000 chercheurs publics disposant d'un budget proche de 2 milliards d'euros publics (Inserm, CEA, CNRS, Inra, universités). Stanford, aux premières places des classements internationaux, est aussi le campus qui dépose le plus de brevets dans le monde (lire encadré). Seuls deux établissements hexagonaux tirent leur épingle du jeux : Louis-Pasteur, à Strasbourg (47e) et Pierre-et-Marie-Curie, à Paris (66e).
Le nouveau directeur général de l'Inserm, André Syrota, connaît bien les faiblesses du « système français ». Sa mission est de regrouper les forces de la biologie hexagonale et à développer la valorisation des travaux de la recherche publique.
« Nous avons créé en France une complexité dans le domaine des sciences du vivant qui représente une difficulté pour les chercheurs et pour les industriels. L'Inserm est un organisme de santé et de recherche médicale qui en réalité ne s'occupe ni du cancer, ni du sida, ni des hépatites. De nombreuses institutions ont été créées et il existe toujours de bonnes raisons à la création d'organismes. Le nombre d'intervenants est donc considérable et le même émiettement se retrouve dans la valorisation. »
A ses yeux, la loi Allègre censée encourager les chercheurs à créer des start-up s'est révélée être une
« fausse bonne idée »
faute d'avoir pris en compte une étape cruciale dans la chaîne de l'innovation : la preuve de concept.
« La molécule ou le dispositif médical qui ne sont pas parvenus à maturité intéressent peu l'industriel. Cet ensemble a donc fait faillite »
, constate le patron de l'Inserm. Résultat, le tissu académique français produit très peu de brevets selon les critères internationaux :
« 90 % des universités déposent moins de 10 brevets. »
Dédiaboliser la relation
De surcroît, le système de la multiappartenance (un chercheur est affilié à plusieurs établissements) ralentit le processus de cession à une entreprise :
« Il faut compter deux ans d'allers et retours entre un industriel et les organismes contre six mois aux Etats-Unis »
, précise le président de France Biotech, Philippe Pouletty.
« Il n'est pas possible pour les industriels d'avoir autant d'interlocuteurs »
, ajoute le président de la commission Alzheimer, Joël Ménard, qui table sur le démarrage du plan national pour faire évoluer les esprits
. « La difficulté provient du fait que les universités veulent faire leur propre valorisation, ce qui ralentit considérablement le dépôt de brevet »
, ajoute André Syrota, qui souhaite centraliser ces procédures en s'inspirant du modèle mis en place à l'Inserm.
Dernier écueil de taille, la perception de la valorisation par les directions des organismes publics. La plupart du temps, ce service accessoire est confié à des chercheurs peu motivés et rarement formés à la discipline. Cette fonction est le plus souvent considérée comme une voie de garage. Selon l'association américaine des spécialistes de la valorisation (AUTM), il s'agit tout au contraire d'un domaine stratégique devant être confié à des spécialistes. Dans l'idéal, une cellule de valorisation efficace comprend 6 personnes connaissant bien le marché, les contraintes du monde économique et les règles du jeu de la propriété intellectuelle. Dans ce contexte, les industriels de la pharmacie installés en France souhaitent développer les PPP. Objectif : améliorer une situation jugée préoccupante au regard de la compétition internationale. Pour la présidente de Janssen Cilag Sabine Dandiguian :
« Il faut concentrer la recherche pour atteindre des tailles critiques et motiver les acteurs. »
Selon le président de MSD, Michel Vounatsos,
« il faut être deux pour atteindre des résultats ».
Le président de Novartis France, Jean-Christophe Tellier, regrette que le partage ne fasse pas partie de la culture gauloise.
« Nous devons dédiaboliser la relation entre le public le privé. En France, nous considérons qu'un chercheur est bon lorsqu'il est pauvre et qu'il ne parle pas aux industriels. »
(*) Rapport sur la valorisation de la recherche 2007. www.igf.minefi.gouv.fr
(**) Universités : vers quelle autonomie. Revue « Esprit »de décembre 2007.
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