Cardiologie : des stents dopés aux anticorps monoclonaux
CATHERINE DUCRUET
Publié le : 11 janvier 2008
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Une start-up américaine développe une nouvelle génération de stents aux effets secondaires réduits.
La pose d'un stent, alternative au pontage pour dilater un vaisseau obstrué, peut entraîner à long terme la formation de caillots. Pour l'éviter, la technologie Genous mise sur les anticorps monoclonaux.
En cardiologie, les stents constituent une alternative au pontage dans le cas de l'obstruction d'une artère. Utilisés pour dilater un vaisseau dont les parois sont tellement épaissies qu'elle bloquent la circulation sanguine, les stents conventionnels se présentent comme de petits ressorts métalliques que l'on « injecte » par voie artérielle, grâce à un cathéter, jusqu'à l'endroit du rétrécissement. La pose d'un stent permet alors de rétablir le flux sanguin. Pratiquée depuis déjà une quinzaine d'années, cette intervention peut être traumatisante pour le vaisseau. Ainsi était-elle suivie dans 30 à 40 % des cas d'une resténose (nouveau resserrement des parois) à côté du stent, nécessitant du coup une nouvelle intervention.
Pour remédier à cet inconvénient, les industriels du secteur ont mis au point des stents dits « actifs », équipés d'un revêtement polymère qui libère progressivement une substance capable d'empêcher la prolifération cellulaire. Avec quatre à cinq ans de recul toutefois, il semble que, si ces stents préviennent bien la resténose, ils entraînent, à long terme, une certaine augmentation d'un risque encore pire, celui de thrombose (obstruction par un caillot sanguin). Ce qui oblige les patients à prendre de façon prolongée des médicaments qui fluidifient le sang (aspirine, antiagrégants plaquettaires) avec les risques de saignement associés.
La petite société américaine OrbusNeich a eu l'idée de fabriquer des stents jouant sur un mécanisme différent. Baptisés « Genous », ils vont accélérer la réparation du vaisseau. Pour cela, ils sont enduits d'anticorps monoclonaux capables de capturer les précurseurs des cellules endothéliales en circulation dans le sang, qui assurent la réparation de la paroi vasculaire. On espère ainsi court-circuiter les réactions inflammatoires et la formation de caillots.
Prouver la supériorité
Il restait à apporter la preuve du concept.
« Les études initiales, réalisées avec Genous sur un très petit nombre de patients, avaient effectivement mis en évidence une diminution du risque de thrombose et des résultats un peu moins bons qu'avec les stents actifs concernant la resténose »,
explique Emmanuel Teiger, professeur de médecine, responsable de l'unité de cardiologie interventionnelle au centre hospitalier universitaire Henri-Mondor à Créteil. Mais, pour que le produit puisse néanmoins espérer trouver sa place sur le marché, il fallait démontrer qu'il était d'une efficacité au moins équivalente à celle des stents actifs. Une démonstration qui a pu être réussie, selon des résultats préliminaires publiés en fin d'année dernière, en prenant en compte à la fois le risque de thrombose et de resténose, regroupées sous le vocable « d'accident cardiaque majeur ».
Pour être largement utilisé, notamment sur un grand marché comme celui de la France, Genous doit à présent prouver une supériorité. Cela devrait être le cas pour certains types de patients.
« Genous semble particulièrement adapté aux patients présentant un risque particulièrement élevé de resténose et de thrombose, comme les diabétiques - en nombre croissant -, les personnes ayant des vaisseaux particulièrement fins, des lésions longues ou des occlusions totales chroniques. Pour le prouver, un nouvel essai, incluant cette fois 2.400 patients, va démarrer en Europe »,
explique Emmanuel Teiger, qui dirige l'un des centres où se déroule l'essai.
Pour déterminer les situations où Genous apporte un réel avantage par rapport aux produits existants, l'essai va être scindé en deux bras. Le premier, incluant 1.200 patients à haut risque, tentera de prouver que Genous est supérieur à un stent actif pour la prévention de la thrombose et équivalent pour celle de la resténose. Le second, incluant un nombre identique de patients à faible risque, tentera de démontrer que Genous est supérieur à un stent conventionnel (soit plus de 50 % des stents posés en France) pour la prévention de la resténose. Si ces hypothèses sont confirmées, Genous peut espérer en France un prix de remboursement intéressant, même si le marquage CE suffit pour la commercialisation.
Définitions
Anticorps monoclonaux : les anticorps sont des protéines fabriquées par le système immunitaire pour capturer les substances perçues comme étrangères à l'organisme (antigènes). Pour chaque antigène, un anticorps spécifique est assemblé. D'où l'idée de fabriquer des anticorps artificiels pour s'en servir comme outils de ciblage. Ils sont dits « monoclonaux » car ils sont obtenus à partir d'une population de cellules identiques, issues de la même cellule initiale (ou clone).Resténose : formation d'un nouveau rétrécissement précédemment supprimé dans un conduit de l'organisme.Thrombose : formation d'un caillot à l'intérieur d'un vaisseau, d'une artère ou d'une veine.
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