La R & D, moteur de développement des régions
ALAIN PEREZ
Publié le : 18 janvier 2008
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L'attractivité économique des régions repose sur leur capacité à offrir aux investisseurs un potentiel en recherche et développement de bon niveau.
Pour être visible au plan international, attirer les entreprises technologiques et faire venir des cadres à fort pouvoir d'achat, il faut posséder de beaux centres de recherche et de grandes universités. »
Le rapport du groupe de travail Futuris publié aujourd'hui (*) apportera de l'eau au moulin de ceux qui pensent que la R&D est un complément indispensable de la politique industrielle. Pour créer de l'activité à forte valeur ajoutée, il faut tout d'abord posséder dans sa manche toutes les cartes habituelles : infrastructures, personnel qualifié, qualité de vie, incitations fiscales.

Mais ces ingrédients de base ne suffisent plus. Il faut aussi mettre sur la table un tissu favorable à l'innovation. Les visionnaires de la Silicon Valley ont été les premiers à codifier ces nouvelles règles du jeu. Ils ont été les premiers à sentir venir la mondialisation de la recherche.
« Les multinationales qui sont à l'origine de près de la moitié des dépenses mondiales de R&D conduisent aujourd'hui 28 % de leurs activités de recherche en dehors de leur pays d'origine »,
indique l'enquête de Futuris. Selon Pierre Papon, qui a dirigé un groupe de travail composé d'une trentaine d'experts,
« la politique de la France dans le domaine territorial n'est pas cohérente ».
Trop de centres de décision
Comme souvent, la multiplication des centres de décision aux niveaux régional et national rend le système difficilement compréhensible par des étrangers et diminue l'efficacité du dispositif.
« Il vaudrait mieux déléguer la responsabilité aux régions »,
suggère Pierre Papon. Les pôles de compétitivité sont l'exemple même de ces mélanges des genres qui compliquent inutilement le tableau en mettant en place des systèmes à double commande.
« On comprend que l'Etat prenne directement en main les pôles de compétitivité de niveau mondial. Mais pour les autres, il faudrait donner l'autonomie aux autorités régionales qui dans la plupart des cas ne demandent que cela »,
poursuit l'ancien directeur général du CNRS.
Facteurs de proximité
Dans le domaine des sciences du vivant, les facteurs de proximité et parfois de convivialité prennent une dimension stratégique pour des raisons de propriété intellectuelle,
« la tendance récente à couvrir par des brevets les connaissances scientifiques très en amont comme celles sur les fonctions des gènes conduit les entreprises à être présentes là où se fait la recherche de pointe »,
indique le rapport des experts.
Dans ce contexte, le Système français de recherche et d'innovation (SFRI) présente plusieurs faiblesses qui le rendent moins attractif par rapport à ses concurrents.
« La première critique que font les étrangers concerne la complexité du droit du travail »,
indique Pierre Papon. Par ailleurs, les objectifs sont rarement explicites et leur traduction territoriale reste très souvent lacunaire et insuffisante.
« L'impact des priorités et des programmes sur la compétitivité scientifique et technologique des territoires n'est pas clairement envisagé et le rôle que peuvent jouer les dynamiques régionales dans une politique de soutien à la recherche et à l'innovation ne l'est pas davantage. »
Autonomie
Certaines régions françaises ont décidé de prendre leur autonomie. C'est le cas de Rhône-Alpes, qui soutient des programmes régionaux en dehors du tiroir-caisse national. La politique régionale s'appuie sur une quinzaine de pôles de compétitivité dont certains sont soutenus par des fonds strictement régionaux. Le Nord - Pas-de-Calais est un autre exemple d'autonomie. Le pôle de compétitivité Up-tex est destiné à rajeunir une activité traditionnelle de région (et industriellement sinistrée) : le textile. Le choix de textiles très techniques doit déboucher sur de nouveaux produits et en principe
« conquérir de nouveaux marchés »
. Reste que, comme le signale le rapport Futuris,
« la majorité des régions françaises sont dotées d'une faible spécialisation économique et scientifique. Elles manquent d'attractivité mais certaines bénéficient d'une forte tradition industrielle qui leur permet un effort de rattrapage sur des créneaux s'appuyant sur des équipes de recherche locales »
. Une raison de plus pour laisser aux hommes et aux femmes aux commandes dans les régions décider en toute connaissance de cause de leur destin scientifique et technologique.
Quelques propositions de Futuris
• Mener à son terme la réforme des universités de façon qu'elles jouent un rôle pilote au plan local.
• Appliquer la loi de 1982 qui permet d'associer les régions à l'élaboration de la politique nationale de la R&D .
• Simplifier le dispositif des pôles de compétitivité en distinguant nettement ceux qui ont vocation mondiale de ceux qui ontune mission nationale.
• Augmenter la masse critiquede la recherche en renforçant un nombre limité de domaines.
• Transférer aux régions l'aide aux PMI gérée par OSEO.
• Evaluer périodiquement les besoins en techniciens des entreprises et les rapprocher des formations régionales.
• Lancer des actions concertées entre les entreprises et les organismes de recherche pour détecter les thèmes en émergence.
• Développer l'appel aux financements de la BEI insuffisamment utilisés parles PMI françaises.
Londres domine en Europe
Toutes disciplines confondues.
Selon le classement de l'Observatoire des sciences et des techniques, Londres (intra-muros) est la zone européenne qui présente les meilleurs résultats en termes de production scientifique, toutes disciplines confondues. La capitale anglaise devance Paris intra-muros, le Danemark (assimilé à une région), la zone d'Oxford, Madrid, la Lombardie, Munich et Rhône-Alpes. Ce classement ne recouvre pas le découpage habituel des régions au sens administratif du terme. Il prend en compte des entités géographiques correspondant à des zones d'activités facilement identifiables. Chacune de ces zones possède des atouts dépendant d'une présence industrielle importante ou de l'existence d'un centre de recherche à forte notoriété. Londres détient ainsi le meilleur résultat dans la biologie fondamentale, la recherche médicale et les sciences pour l'ingénieur.
Paris est bien placé en biologie fondamentale, en physique et en sciences de l'univers et détient la première place en mathématiques. Rhône-Alpes a retenu 5 grands thèmes pour son développement : les biotechnologies, les microtechnologies, la chimie, les énergies renouvelables et l'ingénierie.
(*) « Le système français de recherche et d'innovation face aux défis de l'internationalisation des activités de recherche. »
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