Sur la piste des maladies auto-immunes
ALAIN PEREZ
Publié le : 21 janvier 2008
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Les maladies auto-immunes comme le diabète de type 1 sont mieux comprises grâce aux travaux du chercheur américain George Eisenbarth. En 2006, George Eisenbarth, qui dirige le Barbara Davis Center, installé dans l'université du Colorado, a reçu le prix Pasteur-Weizmann-Servier qui récompense de grand chercheurs du secteur biomédical.
A un certain moment totalement imprévisible, se produit un événement biologique qui déclenche une tempête incontrôlable dans le système immunitaire. »
Avec son noeud papillon taille XL et son sourire inoxydable, George Eisenbarth est l'un des meilleur experts mondiaux des maladies auto-immunes. Il dirige le Barbara Davis Center installé dans l'université du Colorado à Denver. Cette unité associe un hôpital pour enfants à un centre de recherche sur le diabète de type 1, une pathologie d'origine génétique touchant essentiellement les jeunes. Depuis plus de 20 ans, il poursuit deux objectifs.
« Notre cherchons à identifier les susceptibilités génétiques et essayons de prévoir l'évolution de la maladie en analysant les anticorps circulant dans le sang »
. Pour l'instant, le diabète de type 1, reste une énigme pour les biologistes
. « Nous savons contrôler son évolution chez les animaux mais pas chez l'homme. Ce n'est pas très satisfaisant de dire à un patient qu'il risque développer une maladie sans pouvoir apporter de remède. »
Comment l'organisme décide de se retourner contre lui-même ? Pourquoi il envoie ses meilleurs guerriers, les lymphocytes T, agresser les cellules productrices d'insuline basées dans le pancréas ou détruire la précieuse insuline circulant dans le sang ? Les raisons de ces attaques contre le soi restent mystérieuses.
« C'est peut être le contact avec un agent infectieux qui stimule le système immunitaire ou la combinaison de plusieurs facteurs biologiques et environnementaux. Il se peut aussi qu'une non exposition aux microbes pendant la petite enfance favorise le processus chez des personnes génétiquement prédisposées »
, explique le chercheur américain.
Déclenché par un virus
Cette hypothèse « hygiéniste » ne fait pas l'unanimité. Elle suppose un comportement « revanchard » du système immunitaire chargé d'éliminer les intrus qui tentent de parasiter un organisme vivant. Quand il est privé de contacts avec des pathogènes pendant sa période de formation initiale, le système immunitaire se retourne brutalement contre lui même, comme s'il voulait tester son efficacité. Une étude réalisée en Autriche et en Allemagne semble confirmer cette théorie. Les enfants élevés dans le monde rural (en contact quotidien avec des animaux de la ferme) semblent moins sensibles aux maladies auto-immunes que ceux vivant dans des milieux urbains.
« Mais chez la souris, nous savons que le diabète est déclenché par un virus »
, corrige le chercheur.
Quand il apparaît chez les adolescents, le diabète de type 1 est souvent associé à d'autres pathologies de même nature : maladie coeliaque (intolérance au gluten), troubles de la thyroïde, maladie d'Addison. Au total, plus de quarante maladies auto-immunes ont été repérées. Elles touchent environ 5 % de la population et représentent la troisième cause de mortalité dans le monde.
« Près de 40 % de la population américaine est porteuse de l'un des gènes de prédisposition. Mais il faut posséder les gènes venant des deux parents pour avoir un risque de développer la maladie. Les déterminants génétiques résident dans le système HLA »
, indique George Eisenbarth.
Maladie silencieuse
En fait, le diabète de type 1 peut reste silencieux pendant de nombreuses années. Quand le signal de départ a été initié, les lymphocytes T commencent à détruire les cellules bêta qui secrètent l'insuline. Le déficit de production demeure invisible pour le malade «
Les premiers symptômes apparaissent quand environ 80 % des cellules bêta ont été détruites. Ce processus se déroule sur plusieurs années »,
ajoute l'endocrinologue américain. Afin d'en avoir le coeur net, une vaste enquête épidémiologique a été lancée aux Etats-Unis et en Europe sous l'égide des NIH américains (National institutes of Health). Près de 300.000 enfants à risque seront suivis depuis la naissance jusqu'à leur adolescence.
« En étudiant l'évolution des auto- anticorps présents dans le sang nous pourrons identifier le facteur qui précipite l'arrivée de la maladie. Cette enquête va durer une quinzaine d'années. »
Les travaux du centre Barbara Davis reposent sur trois outils essentiels : une lignée de souris japonaises développant spontanément la maladie (NOD), le suivi dans le temps de volontaires issus de familles génétiquement prédisposées et l'analyse de pancréas prélevés sur des personnes victimes d'un accident. Le centre s'appuie également sur une enquête (Daisy) qui a porté sur 30.000 jeunes patients vivant dans le Colorado
. « Nous savons que certaines cellules T du système immunitaire activent la maladie alors que d'autres compensent ce phénomène. Chez la souris NOD, le peptide responsable a été identifié
(1)
et nous savons stopper l'évolution de la maladie. Mais pas chez l'homme. »
Ces travaux devraient déboucher sur plusieurs pistes thérapeutiques. La plus prometteuse (et la plus lointaine) est la mise au point d'un vaccin fondé sur la réponse immunitaire à l'insuline. A plus court terme, les chercheurs misent sur une étape particulière de la maladie où une molécule active pourrait bloquer l'action des lymphocytes tueurs (T CD3). On pense aussi à des greffes d'îlots de Langerhans (2) en phase de démarrage.
« Nous avons ici cinq patients qui ont été transplantés »,
indique le chercheur de Denver.
En 2006, George Eisenbarth a reçu le prix Pasteur-Weizmann-Servier qui récompense de grand chercheurs du secteur biomédical. Les 100.000 euros récoltés vont alimenter le fonds de recherche du Barbara Davis Center dédié à cette maladie. La distinction décernée par les experts français trône désormais sur le bord de la fenêtre de son bureau. Par beau temps, on distingue les Rocheuses qui sont devenues l'autre passion de ce spécialiste de médecine pédiatrique issu de la fameuse Duke University.
« J'ai fait l'essentiel de ma carrière dans des hôpitaux et des centres de recherche de la Côte est des Etats-Unis. Mais le ne regrette vraiment pas mon installation dans le Colorado. La nature y est fabuleuse. »
Près de 5 millions de personnes touchées
- Selon l'OMS la diabètede type 1 touche 4,9 millionsde malades dans le monde.- En Europe, on compte 1,3 million de personnes atteintes.- C'est la maladie du métabolisme la plus répandue chez les enfants.- Le nombre de diabète de type 1 chez les enfants de moins de 5 ans a doublé ces 20 dernières années.- Tous les ans, 65.000 nouveaux cas apparaissent chez les moinsde quinze ans.- L'incidence atteint un picentre un et quatorze ans.
(1) Le peptide B : 9 -23est spécifique de la destructionde l'insuline par les cellules T.(2) Régions du pancréas oùse concentrent les cellules bêta productrices d'insuline.
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