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Le CNRS, bientôt un holding d'instituts ?

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Le CNRS, bientôt un holding d'instituts ?
ALAIN PEREZ
Publié le : 31 janvier 2008
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Le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) - 2,8 milliards d'euros de budget annuel - se réorganise pour améliorer sa visibilité internationale.
Quel est le bon périmètre pour le Centre national de la recherche scientifique ? Depuis une quinzaine d'années, tous les ministres de la Recherche se sont heurtés à cette question. Tous ont reculé face aux menaces des syndicats et des chercheurs agitant un chiffon rouge redoutable :
« non au démantèlement du CNRS »
. Cette fois, il va falloir trancher. La loi sur l'autonomie des universités (LRU) leur donne le devoir de s'affranchir de la tutelle du grand-frère de la Rue Michel-Ange. Pour l'instant, il n'y a pas le feu. Une dizaine d'universités dispose des compétences et de l'ambition pour se frotter à la concurrence internationale, s'orienter dans le dédale des agences de moyens et décider d'une politique scientifique digne de ce nom. Elles sont bien identifiées. Prés de 80 % des collaborations extérieures du CNRS se font avec moins de 15 universités. Pour nombre d'experts qui misent sur l'excellence, ce nombre de partenaires devrait plutôt diminuer qu'augmenter.
Le Centre pilote actuellement 1.190 unités et tout le monde s'accorde à dire que c'est trop. En fait, nombre de ces unités ont été créées dans une logique d'aménagement du territoire plus que dans une volonté de recherche de qualité. Sur ce point, le rapport Attali est très clair :
« Le CNRS doit se concentrer sur ses laboratoires propres et réduire, sérieusement, des unités mixtes afin d'éviter l'émiettement. »
La présidente Catherine Bréchignac, qui se déclare partisane d'une recherche élitiste, va donc devoir faire le ménage. Mais l'intérêt national et la logique régionale sont souvent contradictoires. Peu d'élus seront d'accord pour gommer le « label CNRS » qui conserve un fort pouvoir d'attraction dans le tissus universitaire.
« Notre mission doit être nationale et nous devons développer notre politique de travail en réseaux avec les organisations internationales. »
En attendant, la présidente se concentre sur la politique scientifique.
« Le rapport qui dresse l'état des lieux dans tous les laboratoires est terminé. »
Les priorités retenues sont les mathématiques, les sciences de la cognition, la planète Terre et l'environnement, et les nanotechnologies. Mais la grande réorganisation imaginée sonne comme un tremblement de terre :
« Nous envisageons de devenir un holding d'instituts »
, précise Catherine Bréchignac. Ce schéma, construit sur le modèle des structures déjà existantes (Insu et IN2P3), couvrira de nouveaux domaines, en ménageant des passages pour favoriser les programmes interdisciplinaires. L'Insu devrait être coupé en deux pour donner plus de visibilité aux recherches sur la « planète Terre », et le développement durable accéder au rang de discipline première.
Le chantier de l'évaluation
Pour les sciences de la vie, dont le nouveau directeur doit arriver le 1er avril, les changements dépendent en grande partie de la réorganisation en cours à l'Inserm.
« Nous allons redéfinir les contours de ce département et travailler en relations plus structurées avec l'Inserm. »
De son côté, le centre dirigé par André Syrota va créer, lui aussi, des instituts spécialisés dans les grandes pathologies qui auront une forte visibilité. En résumé, la biologie fondamentale reste au CNRS et l'Inserm s'occupe des malades.
« Il est important de bien délimiter les frontières et se fixer des objectifs communs. »
Au-delà de ces rectifications de frontière, le gros chantier du moment concerne l'évaluation des chercheurs et des unités. A l'Elysée, les conseillers de Nicolas Sarkozy considèrent que le CNRS ne joue pas le jeu.
« Il n'est pas normal que le Comité national de la recherche publie, quelques jours avant l'arrivée de l'Aeres
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, ses propres évaluations des équipes »
, indique Bernard Belloc. L'ancien président de l'université de Toulouse souhaite également une meilleure transparence du système d'évaluation des chercheurs français.
« Les contribuables ont le droit de savoir que telle équipe publie tant d'articles dans des revues de premier rang et que telle autre ne le fait pas. »
A ces critiques, Catherine Bréchignac répond simplement que le Comité national de la recherche scientifique joue son rôle.
« La moitié des membres du Comité national est élue et le reste est désigné par le ministère. Si on trouve que cela fait double emploi avec l'Aeres, je n'y peux rien. Le Comité national est là et, en général, il fait du bon travail. J'ai besoin d'évaluation des chercheurs et des équipes et je suis simplement cliente de ces organismes. »
Au ministère de la Recherche, Valérie Pécresse estime avoir aujourd'hui une idée claire de ce qu'il faut faire.
« 2008 est une année cruciale et la mise en place de l'Aeres est un enjeu majeur pour toute la recherche française. Les organismes et les universités doivent se mettre à l'heure de l'évaluation indépendante et c'est un profond changement de mentalité. »
De ce point de vue, une grande première : l'évaluation de l'Inserm par un organisme étranger. L'efficacité de l'institut spécialisé dans la recherche médicale va être mesurée par ce qui se fait de mieux dans le monde : les NIH américains. Ce réseau est dirigé par un médecin algérien francophone, Elias Zerhouni (lire « Les Echos » du 28 novembre 2007). Pour la ministre, cette internationalisation doit devenir la norme.
« Le CNRS doit se mettre à l'heure de l'évaluation indépendante,
explique-t-elle.
C'est une condition de sa crédibilité. C'est aussi une condition nécessaire pour trouver un bon équilibre entre les financements sur projet et les crédits récurrents. »
Le problème de la relève
Vue de la Rue Descartes, l'année 2008 est doublement stratégique. Le démarrage de l'Aeres est complété par la signature des contrats de plan quadriennaux entre l'Inserm, l'ANR et le CNRS.
« Nous allons donner des impulsions majeures,
ajoute Valérie Pécresse.
Pour cela les organismes doivent avoir une stratégie scientifique claire et compatible avec les objectifs nationaux. Le CNRS doit avoir une plus grande lisibilité de sa gestion par rapport à son activité scientifique. Un rapport de la Cour des comptes, qui sera publié prochainement, décrit une situation bien connue. »
Selon la ministre, le grand défi à venir est démographique.
« Dans les dix ans qui viennent, 50 % des effectifs du CNRS va partir à la retraite. En tant qu'autorité de tutelle, j'ai besoin de savoir comment le CNRS se projette dans l'avenir et quels sont ses objectifs prévisionnels de recrutement à cinq et dix ans dans chaque discipline. J'aimerais que l'on me dise «voilà les effectifs idéaux que je souhaiterais avoir pour chaque discipline». Pour cela, il faut bâtir des scénarios et me dire où sont les besoins de recrutement prioritaires. »
Pour la ministre, le diagnostic est simple :
« L'évaluation n'est pas un outil de sanction mais de pilotage. Quand on demande des emplois qui correspondent aux priorités nationales, on les a. »
19 milliards.
La recherche publique comprend désormais une dizaine d'acteurs institutionnels qui distribuent les crédits aux organismes. Selon la répartition établie par FutuRIS, en 2007, ces derniers se sont partagé un budget total proche de 19 milliards d'euros provenant de l'Etat, de l'Europe, des fondations et des régions. Les organismes de recherche sont les premiers bénéficiaires de cette manne avec une enveloppe de 5,4 milliards dont près de la moitié va au CNRS (2,8 milliards). La recherche universitaire est le deuxième poste (4,5 milliards), devant la recherche de défense (3,5 milliards). L'ANR est le plus important des nouveaux acteurs financiers et son poids doit continuer d'augmenter (lire « Les Echos » du mardi 29 janvier). Ses interventions sont de trois types : les projets blancs (168 millions), les appels à projets thématiques (155 millions) et les financements de partenariats (300 millions). L'Agence pour l'innovation industrielle (AII) bénéficie de 665 millions. La répartition par discipline fait apparaître quelques gros budgets sectoriels liés aux choix stratégiques du pays. La recherche spatiale absorbe 1,2 milliard d'euros devant le nucléaire civil (532 millions).
(*) Agence d'évaluationde la rechercheet de l'enseignement supérieur.
Tous droits réservés (2007) LES ECHOS
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Date de publication |
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31/01/08 |
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Thème
R & D
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