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La finance au secours de la vaccination
RICHARD HIAULT
Publié le : 13 mars 2008
Gavi Alliance a pour objectif principal de sauver les enfants des pays pauvres de la mort prématurée. Une réussite due à une mobilisation internationale.

L'argent, c'est le nerf de la guerre.
L'axiome attribué à l'historien romain Quinte Curce se vérifie une fois de plus. La jeune histoire de Gavi Alliance en témoigne. Créé en 2000 lors du Forum économique mondial de Davos, ce partenariat public-privé n'a qu'une obsession : éviter la mort prématurée de millions d'enfants dans les pays pauvres, faute de vaccination. En un peu plus de sept ans d'activité, les résultats sont patents. Grâce aux capitaux collectés, Gavi Alliance a évité le décès de 2,9 millions d'enfants dans les quelque 70 pays où elle intervient. Près de 37 millions d'entre eux ont été inoculés contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche (DTC). Et plus de 175 millions ont été vaccinés contre l'hépatite B, la méningite, la pneumonie, ou la fièvre jaune. Aujourd'hui, la mortalité infantile est inférieure à 10 millions de décès annuels. « Lorsque nous avons démarré notre activité, la couverture vaccinale de base (DTC) en Afrique sub-saharienne se situait aux environs de 40 %. Ce chiffre atteint aujourd'hui plus de 70 %, voire plus de 80 % dans certains pays », confirme Julian Lob-Levyt, secrétaire exécutif de Gavi Alliance. Si les statistiques sont élogieuses, elles le doivent d'abord à la formidable mobilisation internationale.

De généreux donateurs
Dès la création de Gavi Alliance, la fondation de Bill et Mélinda Gates a initié le mouvement par une donation de 750 millions de dollars. Les gouvernements des pays développés n'ont pas tardé à suivre. Tant et si bien qu'aujourd'hui 12 pays, auxquels se rajoutent la Commission européenne, la Banque mondiale et des institutions privées ont permis de collecter, fin 2007, un peu plus de 1,2 milliard de dollars.

L'activité de Gavi Alliance n'aurait pas connu une telle envolée sans un nouvel effort international initié à Gleneagles (Ecosse) en juillet 2005, lors du sommet des chefs d'Etat et de gouvernement du G8. Sous l'impulsion de la Grande-Bretagne, hôte de cette réunion, un nouvel outil de financement pour l'aide au développement a été créé. Dénommée « facilité internationale de financement pour la vaccination » ou IFFIm, elle a accéléré la disponibilité des capitaux destinés aux programmes de santé et de vaccination. La mécanique est simple. L'IFFIm émet un emprunt obligataire sur le marché des capitaux internationaux, dont le remboursement est assuré par les Etats participant à l'opération. Avantage de la formule : l'obtention immédiate de nouveaux fonds pour Gavi Alliance. La première émission à laquelle ont participé sept Etats, en novembre 2006, a ainsi permis de récolter 1 milliard de dollars. Un an après, environ 900 millions de dollars avaient déjà été dépensés. Début mars, un nouvel emprunt de 1,3 milliard de rands sud-africains (223 millions de dollars) a été lancé sur le marché japonais. Avec succès. « L'IFFIm nous a permis de doubler les ressources financières que GAVI Alliance consacre à ses programmes de vaccination et de renforcement des services de santé », confirme Julian Lobt-Levyt. Avec cette facilité, le montant des capitaux engagés annuellement a plus que doublé pour passer de 200 millions de dollars en 2005, à 450 millions prévus cette année. Grâce à l'IFFIm, 4 milliards de dollars devraient être collectés au cours des dix prochaines années. Ce qui devrait prévenir le décès de 5 millions d'enfants entre 2006 et 2015.

Autre innovation : la garantie de marché ou l'AMC pour Advanced Market Committment. Via ce mécanisme, l'industrie pharmaceutique obtient la garantie d'achat d'un nombre déterminé de vaccins à un prix fixé à l'avance par Gavi Alliance. Ce système est avant tout destiné aux nouveaux produits. « Le développement de nouveaux vaccins peut prendre une vingtaine d'années et requiert de l'industrie pharmaceutique d'importants investissements de recherche et développement. Avec l'AMC, les industriels sont assurés de leur futur marché. Ils peuvent donc investir sans craintes du lendemain. Nous gagnons ainsi du temps et les pays pauvres ont un accès plus rapide à ces nouveaux produits », explique Julian Lobt-Levyt. Un projet pilote a ainsi été lancé l'an dernier avec la Russie, le Royaume-Uni, l'Italie, le Canada, la Norvège et la Fondation Gates pour un total de 1,5 milliard de dollars pour développer un vaccin contre les infections à pneumocoques très répandues dans les pays pauvres.

Une vraie révolution
L'afflux de ces capitaux, via divers canaux, a provoqué un renouveau certain des campagnes de vaccination. En quelque sorte, Gavi Alliance a révolutionné le domaine. Par le passé, ces campagnes souffraient de handicaps malgré les réels succès de l'Unicef dans les années 1990. Elles dépendaient d'experts internationaux, lesquels indiquaient aux pays ciblés comment procéder. En outre, le financement des campagnes ne pouvaient s'effectuer que sur le court terme. Aujourd'hui, ce sont les pays demandeurs eux-mêmes qui détermine leurs besoins. Si le revenu par habitant y est inférieur à 1.000 dollars, leur gouvernement peut solliciter Gavi Alliance pour des projets spécifiques de vaccination ou de renforcement de leur système de santé. Mais le facteur primordial du succès actuel est l'assurance de financements sur le long terme. Elle a permis de créer un véritable marché du vaccin dans les pays pauvres. Les laboratoires pharmaceutiques qui limitaient, auparavant, leurs champs d'intervention aux pays développés, n'ont pas tardé à s'intéresser à ce nouveau segment de marché. De 2001 à 2005, un seul fabricant de vaccins était actif. Gavi Alliance en escompte sept d'ici à 2009. Outre les industriels des pays riches comme Merck ou Glaxo SmithKline, des industriels des pays en développement s'intéressent au marché. Comme le Serum Institute of India, Bio Manguinhos (Brésil) ou Bio Pharma (Indonésie). « Aujourd'hui, 30 % de nos vaccins sont fabriqués dans les pays en développement », révèle Julian Lobt-Levyt. Autre bénéfice, pour le client cette fois-ci, le prix unitaire des vaccins a baissé sensiblement. De 1,1 dollar l'unité en 2001, il est inférieur à 80 cents aujourd'hui.

La partie n'est pas gagnée pour autant. Le développement est un domaine de longue haleine. L'un des objectifs du Millénaire qui est de réduire de 2/3 le taux de mortalité infantile dans le monde d'ici à 2015 reste à atteindre. D'autres capitaux seront nécessaires. La visite, fin février, de Julian Lobt-Levyt à Paris visait à prendre contact avec le nouveau gouvernement et étudier la participation de la France à l'effort global. Gavi Alliance espère même au niveau européen pouvoir bénéficier du lancement d'un autre emprunt de l'IFFIm sur le marché de l'euro. Une opération serait en préparation pour 2009.

Un vaste partenariat
Gavi Alliance est un partenariat mondial de santé du secteur public et privé. Il rassemble des gouvernements de pays industrialisés (Allemagne, Australie, Canada, Danemark, Etats-Unis, France, Irlande, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Royaume Uni et Suède), l'Unicef, l'Organisation mondiale de la santé, la Banque mondiale, la Fondation Gates, des ONG, des fabricants de vaccins et des institutions de santé publique et de recherche.





Tous droits réservés (2008) LES ECHOS
Source
Les Echos
Date de publication
12/03/08
Thème industrie
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