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Ces agences qui investissent dans la recherche
ALAIN PEREZ
Publié le : 04 avril 2008
Le financement de la recherche par projets se multiplie dans les pays développés par le biais d'agences de moyens nationales. L'agence allemande DFG a injecté l'an passé 2,1 milliards d'euros dans les universités et les centres de recherche d'outre-Rhin, soit plus de trois fois plus que l'ANR en France.

DFG, NSF, NSERC. Ces sigles sont peu connus en France. Ils désignent quelques-uns des acteurs les plus puissants de la recherche publique mondiale : les agences de financement. Ces institutions nationales sont les bras armés des Etats pour organiser la recherche publique et orienter les travaux selon des axes jugés stratégiques par les gouvernements. Elles financent les meilleures équipes de chercheurs selon une règle simple : on retient les meilleures idées en faisant jouer la concurrence. La National Science Foundation (NSF) américaine est le modèle de ces grands argentiers de la science. Fondée en 1950, elle disposait l'an passé d'un budget de 5,91 milliards de dollars fourni par l'Etat fédéral. L'agence basée à Arlington en Virginie supporte 20 % de la recherche fondamentale américaine. Son rôle est majeur dans certaines disciplines comme les mathématiques ou les sciences humaines.


Venu à Paris à l'invitation de l'Agence nationale de la recherche (ANR), son directeur, Arden Bement, tient un discours où nationalisme, compétitivité et efficacité de la dépense publique font bon ménage. « Nos investissements dans la recherche fondamentale conduisent à l'amélioration de la vie des gens et contribuent de façon significative à la prospérité nationale. Nous finançons presque exclusivement les recherches de rupture qui transforment les sociétés ou les civilisations. Tous les sujets que nous soutenons apportent leurs lots de découvertes et d'innovations. » On n'imagine pas un dirigeant de la recherche hexagonale tenir un tel discours devant une assemblée de chercheurs français sans se faire chahuter voire huer au nom de la liberté, de la « non-marchandisation » de la science et de l'opposition au pilotage par le pouvoir politique.

Mais Arden Bement est un Américain bon teint, pragmatique et conscient de sa fonction de comptable des deniers publics. Il n'a pas peur de dire que la NSF a permis la mise au point du radar Doppler, de l'imagerie par résonance nucléaire, des nanotechnologies, de la conception assistée par ordinateur et même du code à barres. « Les bénéfices économiques de ces découvertes pour l'industrie américaine se montent à plusieurs centaines de milliards de dollars au cours des 15 dernières années. » Le slogan qui habille le plan stratégique de l'agence américaine ne laisse planer aucune ambiguïté : « Investir dans l'avenir des Etats-Unis. »

En fait, la NSF est une agence financée par des fonds fédéraux qui applique la politique de la Maison-Blanche. Son directeur et ses 24 membres sont nommés par le président et confirmés par le Sénat. Mais elle fonctionne selon un principe assez souple de consultations de type « bottom up ». Des chercheurs « tournants » rejoignent régulièrement l'organisation pour des stages de un à deux ans. « Cela permet d'apporter des idées fraîches. Quand les chercheurs repartent dans leurs laboratoires universitaires, ils ont intégré notre mode de fonctionnement et le processus de prise de décision » , indique Arden Bement.

Des positions de premier plan
Le résultat de ce « pilotage » officiel est impressionnant et contredit un argument régulièrement mis en avant : la recherche fondamentale et l'innovation sont incompatibles. Tous les ans, les Etats-Unis raflent la majorité des prix Nobel. Parallèlement, le pays détient des positions technologiques de premier plan dans plusieurs secteurs high-tech comme la pharmacie, les technologies de l'information, les biotechnologies, l'électronique professionnelle ou les logiciels. De surcroît, il possède, tout comme l'Allemagne, une forte densité de PMI technologiques leaders dans leurs niches respectives et très présentes sur les marchés internationaux. « Les 2 points de croissance qui nous manquent sont la conséquence de ces entreprises technologiques que nous ne possédons pas » , remarque Bernard Belloc, conseiller pour la science à l'Elysée.

A Berlin, la DFG (Deutsche Forschungsgemeinschaft) fonctionne selon des principes similaires. Grâce à la stratégie d'excellence lancée par Angela Merkel en 2005, l'agence allemande a injecté l'an passé 2,1 milliards d'euros dans les universités et les centres de recherche d'outre-Rhin, soit plus de trois fois plus que l'ANR (voir graphique). A l'image des pays anglo-saxons, l'Allemagne a décidé de concentrer ses financements sur ses points forts, en misant sur l'émergence d'universités de niveau mondial. Un virage qui marque une rupture dans le système éducatif d'outre-Rhin. « Pendant longtemps, le principe d'égalité a dominé l'organisation universitaire allemande. Mais la science est devenue un système très compétitif. Il nous faut attirer les meilleurs cerveaux du monde et c'est la raison qui a poussé l'initiative d'excellence du gouvernement » , résume le président de la DFG, Matthias Kleiner.

La majeure partie des crédits de la DFG sont affectés à des programmes coordonnés et à l'initiative d'excellence (1,1 milliard d'euros), aux dotations individuelles sur projet (635 millions d'euros) et aux jeunes chercheurs (136 millions d'euros). Mal classée dans les bilans internationaux (comme celui de l'université Jiao Tong de Shanghai), le gouvernement fédéral a pris le taureau par les cornes. En 2005, Berlin a décidé d'injecter 1,9 milliard d'euros sur cinq ans dans un programme très élitiste financé à 75 % par l'Etat fédéral et 25 % par les régions (Länder). « Notre objectif est d'amener deux ou trois universités dans les 10 meilleures mondiales dans les dix ou quinze ans qui viennent » indique Matthias Kleiner.

Pour illustrer cette nouvelle approche, les responsables allemands utilisent une image saisissante : « La recherche scientifique allemande ne doit plus ressembler à une plaine (où tout le monde est au même niveau) mais aux Alpes (avec des pics d'altitudes différentes). » Les industriels semblent prêts à jouer le jeu. La semaine dernière, Hans-Werner Hector, l'un des richissimes cofondateurs de l'éditeur de logiciels SAP, a offert 200 millions d'euros à l'université de Karlsruhe « pour améliorer sa recherche de pointe ». Cette donation venant de l'une des plus grosses fortunes du pays est destinée à améliorer sensiblement les salaires et les conditions de travail des « chercheurs de haut niveau » .

« Vente à la découpe »
Le Japon possède lui aussi son agence (JST), de même que le Canada (NSERC) ou Taiwan (NSC). L'Europe s'est dotée récemment d'une institution identique (ERC), qui injectera cette année environ 1 milliard d'euros dans des projets sélectionnés. La France reste en retrait dans ce mouvement. L'an passé, l'ANR a investi environ 600 millions d'euros dans des appels d'offres et l'agence française monte en puissance. Malgré la plupart des syndicats, qui restent opposés aux financements sur projet et contre l'organisation Sauvons la recherche, aujourd'hui devenue un mouvement politique maniant l'anathème et l'invective.

SLR accuse le gouvernement de pratiquer la « vente à la découpe » de la recherche française et les directions des organismes de nommer des chercheurs incompétents à la tête des départements scientifiques. Le classement qualitatif des chercheurs académiques français en cours de préparation devrait remettre un peu d'ordre dans les esprits.





Tous droits réservés (2007) LES ECHOS
Source
Les Echos
Date de publication
04/04/08
Thème R & D
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