Les salariés français inégaux face à la mobilité
LUCIE DELAPORTE
Publié le : 13 mai 2008
|
Près d'un quart des salariés ont connu une mobilité professionnelle l'an passé. Mais tous ne sont pas accompagnés de façon égale dans ces évolutions voulues ou subies.
Si la mobilité géographique reste limitée en France, la mobilité professionnelle au sens large - changement de poste, d'entreprise - a concerné près d'un quart des salariés entre mars 2007 et mars 2008, comme le révèle une enquête menée par Adecco et Opinionway.
« La question de l'emploi est trop souvent abordée au travers de l'opposition emploi-chômage. Or il est intéressant de regarder les parcours professionnels en interrogeant toutes les formes de mobilités »
, explique Pascale Levet, directrice du Lab'Ho d'Adecco. Selon les statistiques de la Dares, la mobilité professionnelle est majoritairement due à des fins de contrat (55 %), pour seulement 20 % de démissions.
Difficulté à se loger
Premier enseignement, la mobilité se concentre sur certaines catégories de salariés. Le portrait type du salarié mobile est le suivant : trentenaire, de sexe masculin, bac + 2 ou plus, en couple, sans enfant et travaillant dans une PME des secteurs industrie ou BTP. Sans surprise,
« la propension à la mobilité diminue dès lors quele salarié se trouve dans une situation professionnelle et familiale plus stable, le principal frein à la mobilité géographique étant la difficulté à se loger »
, affirme Mathieu Douaret, directeur d'études à Opinionway.
Deuxième fait saillant, parmi les salariés mobiles, 59 % ont changé de poste au sein de leur entreprise et 38 % ont changé d'entreprise. La mobilité ascendante, pour l'intérêt de l'emploi, concerne principalement les hommes, jeunes et plutôt cadres. Ces derniers ont d'ailleurs plutôt tendance à privilégier la promotion interne à la mobilité interentreprises.
L'étude rappelle enfin que si, globalement, la mobilité professionnelle préserve des risques du chômage et entretient l'employabilité, elle peut aussi être subie.
« Si l'on veut que les salariés soient mobiles, il faudrait arriver à leur montrer quels sont leurs intérêts et les ressources dont ils disposent. On n'est pas mobile tout seul, l'environnement joue un rôle important »,
rappelle Pascale Levet. Or l'étude montre bien queles salariés ne sont pas égaux vis-à-vis de la mobilité. Les cadres sont ainsi davantage accompagnés par des acteurs comme les cabinets de recrutement, une DRH ou leurs réseaux sociaux, alors que l'ANPE ou les agences d'intérim sont eux plus sollicités par les employés et ouvriers. Un tiers seulement des salariés qui ont été mobiles en 2007 ont bénéficié de conseils pour accompagner leur évolution. Un chiffre qui explique pourquoi la mobilité est encore souvent perçue avec inquiétude.
Tous droits réservés (2007) LES ECHOS