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Parler anglais fait encore débat dans les entreprises françaises
SABINE GERMAIN
Publié le : 20 mai 2008
Dans les équipes de direction des grandes entreprises, l'anglais s'impose comme langue de communication officielle. Une évidence pour beaucoup. Une fatalité pour certains qui y voient un appauvrissement des échanges.

« En imposant l'anglais comme langue de communication, nous ne nous sommes pas rendu service, soupire Jean-François Pilliard, DGRH de Schneider Electric. Mais nous ne pouvions plus faire autrement. » Avec 120.000 collaborateurs dans une centaine de pays, le groupe industriel réalise plus de la moitié de son chiffre d'affaires hors d'Europe. Continuer à s'afficher comme une entreprise française, où l'on s'obstine à parler français, n'a plus guère de sens. « Certes, mais cela renforce l'hégémonie de la pensée anglo- saxonne », regrette Jean-François Pilliard.

Associé dans un grand cabinet international de conseil et parfaitement anglophone, Michel s'entête à communiquer dans la langue de Molière lors des assemblées d'associés et des congrès. Pour faire entendre une voix différente, d'abord. Mais aussi pour se sentir à égalité avec ses confrères anglo- saxons : « Je pratique suffisamment l'anglais dans ma vie professionnelle pour me sentir à l'aise dans cette langue. Malgré tout, je n'ai pas le sentiment de pouvoir exprimer toute la subtilité de ma pensée - ni de pouvoir saisir les subtilités des autres - dans une langue qui me reste étrangère. » La pratique généralisée du « globish » (« global english »), ce sabir international devenu au fil des années la langue des affaires, tend, selon Michel, à appauvrir la pensée. « J'ai trop vu d'interlocuteurs non anglophones ne pas oser intervenir lors d'une réunion parce qu'ils n'étaient pas sûrs de pouvoir exprimer convenablement leur point de vue. » Une forme d'autocensure qui se traduit, in fine, par le triomphe de la logique anglo-saxonne.

Idées reçues
« Faux problème », répond Antoine Tirard, responsable du management des talents chez Novartis. « La diversité culturelle nivelle le niveau d'exigence linguistique. Une maîtrise parfaite de l'anglais n'a rien d'indispensable. Il suffit d'être capable de comprendre et de se faire comprendre. » Avec une trentaine de nationalités représentées dans son top management (environ 400 personnes), 10.000 collaborateurs de 90 nationalités différentes au siège suisse de Bâle et, au total, 98.000 salariés dans 140 pays, Novartis doit bien trouver une langue commune à tous. « Choisir le français serait nettement plus discriminant que l'anglais, qui reste la langue la plus parlée dans le monde des affaires » , estime Antoine Tirard. Le groupe a toutefois mis en place un système de communication multilingue : « Tout ce qui relève de la gestion des carrières, de l'administration des ressources humaines et du contrat de travail se fait en français, en anglais ou en allemand : le système informatique permet au salarié de choisir sa langue de travail. »

Pour Bernard Ramanantsoa, directeur de HEC, la question de la langue ne mérite même plus de faire débat. « Qu'on le veuille ou non, qu'on s'en réjouisse ou qu'on s'en afflige, l'anglais est la langue véhiculaire du monde des affaires. C'est un fait. Si l'on avait voulu que le français devienne cette langue internationale, il aurait fallu se réveiller il y a cinquante ans. » Mais contrairement aux idées reçues, le directeur de cette grande école de commerce considère que le fait de ne pas être anglophone de naissance représente plutôt un avantage qu'un handicap : « Quand tout le monde parle anglais, être capable de parler et penser français, espagnol ou chinois, c'est avoir la chance fabuleuse de posséder une deuxième langue, une deuxième culture. Etre monoculturel me semble, aujourd'hui, le pire des handicaps. »





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Source
Les Echos
Date de publication
20/05/08
Thème industrie
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