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Recherche : l'Allemagne pousse les feux
ALAIN PEREZ
Publié le : 05 septembre 2008
Berlin donne un coup d'accélérateur à la recherche publique et donne la priorité aux actions ciblées et aux financements sur projets.

L'Allemagne est décidément le bon élève de la classe recherche en Europe. L'an prochain, le budget du ministère fédéral en charge de la R&D (BMBF) devrait progresser de 8 % pour atteindre le total de 10,1 milliards d'euros. Le BMBF n'est pas la seule institution publique finançant la recherche outre-Rhin. Le ministère de l'Economie et des Technologies (BMWi), le ministère de la Défense (BMVg), le ministère de l'Environnement (BMU) et les Länder sont des acteurs importants du domaine (« Les Echos » du 13 novembre 2007). Au total, les montants d'origine fédérale et régionale consacrés à la R&D devraient dépasser les 22 milliards d'euros l'an prochain. A ces enveloppes publiques s'ajoutent les budgets colossaux injectés par les grands groupes industriels et les entreprises technologiques. Le total des investissements privés dans la recherche et le développement dépasse les 40 milliards d'euros par an. « L'Etat fédéral apporte sa part à l'augmentation des dépenses de R&D du pays. Elles doivent atteindre 2,8 % du PIB en 2009 et se rapprocher de l'objectif européen de 3 % du PIB en 2010 », a indiqué la ministre fédérale de la Recherche, Annette Schavan.

Secteurs prioritaires
L'Allemagne consolide ainsi sa place de leader européen. Pour l'instant, c'est d'ailleurs le seul pays du Vieux Continent qui semble capable d'atteindre les objectif fixés par l'Union européenne aux sommets de Lisbonne et de Barcelone (1). Parallèlement, nos voisins renforcent les deux piliers de la stratégie du pays : les actions thématiques ciblées et le financement sur projet. Pour justifier ce pilotage, la ministre n'hésite pas à utiliser des arguments qui enverraient la moitié des chercheurs publics français dans la rue : « Il faut créer de bonnes conditions pour l'innovation, la croissance économique et la prospérité. » Le système allemand fonctionne selon la règle de la double gouvernance (Etat fédéral et Länder) avec une structure de concertation, (GWK) et un conseil pour la science indépendant (2).

Les moyens supplémentaires dégagés l'an prochain seront consacrés en majorité à des secteurs jugés prioritaires pour l'économie et la société allemande : climat, énergie, petites entreprises, santé, vieillissement de la société. Le poste « recherche sur projet » augmente de 15,2 % par rapport à 2008. Pour le seul BMBF, premier bailleur de fonds de la R&D d'outre-Rhin, il atteint 3,5 milliards d'euros, soit environ 35 % du total. Les organismes de recherche extra-universitaires (Helmholtz, Max Planck, Fraunhofer) et l'agence de moyens fédérale (DFG) recevront 3,7 milliards d'euros sous forme de dotation institutionnelle. Ces budgets récurrents sont destinés à renforcer la compétitivité scientifique du pays et à consolider le pacte pour la recherche et, l'innovation et à la construction de certaines structures dont un centre national pour l'étude des maladies neurodégénératives.

Ce souci de valorisation de la recherche académique se retrouve à tous les niveaux. Un organisme très fondamental comme la société Max Planck (MPG) vient ainsi de créer une filiale spécialisée dans le transfert de technologie pour le développement de nouveaux médicaments à Dortmund. Le LDC (Lead Discovery Center) est une entreprise autonome à vocation commerciale chargée de transférer vers l'industrie les projets de recherche fondamentale les plus prometteurs. L'accent sera mis sur les maladies « sociétales » comme le cancer, le diabète et les maladies neurologiques qui manquent de traitements performants.

Transfert de technologie
L'objectif consiste aussi à faire fabriquer ces médicaments innovants par des entreprises allemandes, à chaque fois que cela sera possible. Le LDC s'inscrit dans une entité créée spécifiquement par la MPG pour valoriser la recherche académique dans le domaine de la santé : le Drug Development Center (DDC). Ce projet est surtout destiné à vérifier la faisabilité industrielle d'une nouvelle molécule en franchissant l'étape cruciale de la preuve de concept.

Le Max Planck, dont le budget annuel est d'environ 1,4 milliard d'euros (la moitié du CNRS), vient de récolter les fruits de cette ouverture vers le monde économique en réussissant une grande première. Deux richissimes industriels, les frères Strüngmann, fondateurs du laboratoire pharmaceutique Hexal, ont décidé d'apporter 200 millions d'euros au capital du célèbre organisme germanique financé à plus de 80 % par des fonds publics. Le pactole issu de la vente de l'entreprise familiale au suisse Novartis en 2005 (3) servira à construire et à faire fonctionner un institut spécialisé dans les recherches sur les neurosciences à Francfort. A cette occasion, la direction de la MPG a d'ailleurs reconnu que son centre n'avait « plus les moyens de financer la création de nouveaux instituts de recherche en Allemagne » et qu'il devait désormais se tourner vers des investisseurs privés.



(1) Donnant la priorité à l'économie de la connaissance et fixant à 3 % du PIB le montant total des dépenses publiques et privées investies dans la recherche et le développement.(2) Lire l'enquête réalisée en mai 2008 par le service scientifique de l'ambassade de France à Berlin : « Les grandes lignes de la recherche publique en Allemagne ».(3) Pour un total de 5,65 milliards.

Tous droits réservés (2008) LES ECHOS
Source
Les Echos
Date de publication
05/09/08
Thème R & D
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