Recherche : les nanotechnologies raflent la mise
Les Echos
Publié le : 24 septembre 2007
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De toutes les disciplines scientifiques, les nanotechnologies sont celles qui ont connu la croissance la plus forte l'année dernière en termes de budget.
L'an passé, environ 10,6 milliards de dollars soit 8,1 milliards d'euros (*) ont été injectés dans la R&D sur les nanotechnologies dans le monde. Ce total prend en compte les dépenses publiques et les investissements des entreprises.
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Le conseil s'adresse à tous les chercheurs publics ou privés. Les nanosciences sont aujourd'hui la discipline qui connaît la plus forte croissance en termes de budget et de production d'articles scientifiques. La plupart des pays industrialisés disposent de plans nationaux stratégiques et le plus souvent financièrement bien dotés. Ils visent tous le même objectif : développer des compétences scientifiques, technologiques et industrielles permettant d'accéder à un pactole proprement faramineux. Selon certains experts, le marché mondial des nanoproduits pourrait atteindre le cap des 1.000 milliards d'euros dès 2015. Trois grands domaines sont concernés par cette croissance fulgurante : les applications dans l'informatique (57 % du total, essentiellement dans les composants électroniques), les matériaux (32 %) et les sciences du vivant (17 %). Deux secteurs industriels font déjà largement appel à grande échelle à ces techniques : la microélectronique (pour la fabrication des puces) et la cosmétique (pour la production de poudres).
L'an passé, environ 10,6 milliards de dollars soit 8,1 milliards d'euros (*) ont été injectés dans la R&D sur les nanotechnologies dans le monde. Ce total prend en compte les dépenses publiques et les investissements des entreprises (voir le graphique). Au niveau de la recherche académique, les trois principaux acteurs, Etats-Unis, Europe et Japon sont pratiquement à égalité. Mais dans le domaine industriel, les Américains dominent le paysage avec 46 % des dépenses de R&D mondiale. Un résultat sans surprise, puisque les Etats-Unis ont été les premiers à sauter dans le train des nanotechnologies. Le premier programme de recherche financé par des fonds publics (National Nanotechnology Initiative) a été lancé par Bill Clinton en 1999.
L'Europe se mobilise
Depuis, les crédits alloués par Washington aux universités ont connu une croissance spectaculaire : 464 millions de dollars en 2001, 989 millions de dollars en 2004 et probablement 1,5 milliard de dollars l'an prochain. L'effort de R&D des industriels américains suit une pente similaire. Il est actuellement d'environ 2 milliards de dollars par an. Ce poste reste le point faible de l'Europe. Les industriels du Vieux Continent sont beaucoup moins engagés que leurs concurrents américains : leur effort ne représente que 17 % du total mondial des dépenses privées (contre 46 % pour les Etats-Unis et 36 % pour l'Asie).
L'Europe a réellement pris conscience de l'intérêt des nanosciences en 2002. Dans le cadre du 6e PCRD (2002-2006) une enveloppe de 1,3 milliard d'euros a été débloquée par Bruxelles. En juin 2005, la Commission lançait un plan d'action ambitieux et assez bien financé. Dans le cadre du 7e PCRD (2007-2012) les laboratoires européens sélectionnés se partageront environ 3,4 milliards d'euros. Parallèlement à l'effort communautaire, les pays ont lancé des initiatives nationales. L'Allemagne qui revendique le troisième rang mondial dans la discipline a mis en place de nombreux programmes spécialisés : Nanochance pour les PME, Nanofutur pour les jeunes scientifiques, Nanocare sur les risques sanitaires liés à cette technologie. Le budget du ministère fédéral en charge de la Recherche (BMBF) dans les nanotechnologies est de l'ordre de 150 millions d'euros par an et il est en croissance. D'autres acteurs interviennent outre-Rhin comme les Länder, l'Agence de moyens fédérale (DFG), les instituts Max Planck (MPG) et Fraunhofer (FhG). Le plan national prévoit également un renforcement des liens entre les chercheurs académiques et l'industrie.
Quelques grandes entreprises
En France, les financements publics progressent d'environ 10 % par an. Le montant total a atteint 277 millions d'euros en 2005. La même année, l'ANR (Agence nationale de la recherche) a lancé un programme spécifique. Il prévoit d'injecter environ 70 millions d'euros chaque année par le biais du réseau national pour les nanosciences et les nanotechnologies (R3N). Les grands acteurs sont le CNRS (87 millions d'euros et le CEA (68 millions d'euros). En revanche la recherche industrielle reste limitée. Seules quelques grandes entreprises comme l'Oréal ou Michelin ont une activité significative dans le domaine des nanoparticules qui entrent dans la composition de leurs produits (des poudres).
Mais l'engouement pour les « nanotechs » concerne aussi les pays émergents. La Chine injecte au moins 100 millions de dollars par an. La Corée du Sud fait encore mieux (260 millions de dollars par an) et Taiwan a annoncé un « Programme national sur les nanosciences » qui devrait bénéficier d'environ 110 millions de dollars par an pour les six prochaines années.
Révolutionnaires
Les applications potentielles des nanotechnologies dans les sciences du vivant sont les plus spectaculaires et probablement les plus révolutionnaires de toutes. Il s'agit notamment de concevoir des vecteurs microscopiques (sous forme de nanoparticules) capables de transporter des médicaments ou des molécules permettant de détruire une cellule malade ou de l'identifier, de la signaler et de suivre son cheminement dans un organisme vivant. Selon un récent rapport de la firme Cientifica le marché de ces nanosystèmes médicaux devrait atteindre 26 milliards de dollars (18,4 milliards d'euros) en 2012 contre 3,4 milliards de dollars actuellement. Le taux de croissance annuelle de cette niche (37 %) est l'un des plus élevés de l'industrie pharmaceutique. Selon le rapport de Cientifica, 38 formulations médicamenteuses provenant de 28 entreprises sont actuellement en développement dans le monde. Ces techniques possèdent plusieurs avantages. Elles pourraient permettre de doper l'efficacité de molécules existantes, améliorer la durée de vie des médicaments (en étendant les droits de propriété intellectuelle) et décourager les contrefaçons (en rendant la fabrication plus complexe).
Les chiffres clefs
- L'effort mondial de recherche publique et privée dans les nanotechnologies est estiméà 10,6 milliards de dollars (8,1 milliards d'euros [*]) en 2006.- Les Etats-Unis ont injecté 1,1 milliard de dollars d'argent public l'an passé dont les deux tiers vont à la recherche universitaire.- Le total mondial des dépensesde la R&D industrielle est estimé à 3,6 milliards de dollars.- L'Europe prévoit d'injecter 3,46 milliards d'euros dans les nanosystèmes et les nanomatériaux dans le cadre du 7e programme-cadre (2007-2013).- Plus de 240 centres de recherche européens mènent actuellement des travaux dans ce domaine et 144 réseaux ont été identifiés.- La dépense en R&D par habitant dans les nanotechnolgoies est chiffrée à 6,2 euros par personne au Japon, 3,7 eurosaux Etats-Unis et 2,9 euros par habitant dans l'Europe des Quinze.
(*) Sur la base de 1 europour 1,30 dollar.
ALAIN PEREZ
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