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Les universités dans la course aux fondations
Les Echos
Publié le : 26 octobre 2007
Les premières fondations universitaires ont vu le jour. Elles pourraient contribuer au renouveau des universités. Même si les sommes collectées restent modestes.

Le conseil d'administration de Paris-II-Panthéon-Assas vient de voter la création d'une fondation.

Pour les universités, c'est un tournant majeur - même si on n'en mesure pas encore toutes les conséquences. En quelques mois, trois institutions universitaires viennent d'annoncer la création de fondations destinées à collecter les fonds des entreprises et des particuliers. Et plusieurs autres, encouragées par le vote de la loi sur l'autonomie, ne devraient pas tarder à les rejoindre. Une demi-douzaine d'IAE (Aix-en-Provence, Toulouse, Lille, Paris...), ainsi que Bordeaux-IV et Paris-IV, seraient en piste. « Un mouvement de fond s'amorce pour le mécénat en faveur de l'enseignement supérieur et la recherche », estime Frédéric Primault, délégué régional Bretagne de la Fondation de France.

La première à se dévoiler aura été l'université Claude Bernard-Lyon-I. Lancée officiellement en avril dernier, sa fondation a été créée par la structure de valorisation Ezus-Lyon-I, la Banque Populaire Loire et Sanofi-Pasteur (groupe Sanofi-Aventis). « Il s'agit d'accompagner l'université dans trois domaines : la professionnalisation, l'excellence et la citoyenneté, pour le plus grand bénéfice des étudiants et des enseignants », annonce Lionel Collet, le président. Celui-ci prévoit de monter des chaires, de favoriser « des interactions fortes avec les entreprises », et d'accorder des bourses à des étudiants en difficulté. La fondation pourrait aussi participer à des projets de recherche.

De son côté, l'IGR-IAE de Rennes a inauguré la semaine dernière sa fondation. Une première pour le réseau des IAE (instituts d'administration des entreprises). Placée sous l'égide de la Fondation de France, elle a vu le jour avec le soutien de cinq sociétés de la région : le Crédit Mutuel (groupe Arkéa), le groupe Beaumanoir, la Compagnie 360 Euro-RSCG, Repro-Conseil (groupe Konica-Mnolta) et les Thermes Marins. « Depuis notre création, il y a cinquante-deux ans, nous avons toujours été très proches des entreprises, en particulier au plan local , souligne David Alis, directeur général de l'institut. Beaucoup des patrons rennais sont d'ailleurs des diplômés de l'IGR. C'est un formidable atout que nous voulions utiliser. »

Enfin, il y a quelques jours, le conseil d'administration de Paris- II-Panthéon-Assas a également voté - dans l'enthousiasme général - la création d'une fondation. « Nous sommes dans le droit fil de la loi sur l'autonomie des universités. Les frais de scolarité n'augmentent pas : nous devons donc trouver ailleurs de nouvelles ressources », explique Louis Vogel, président de Paris-II. Un cabinet extérieur sera chargé du lancement, en trois étapes : audit des besoins, tour d'horizon des donateurs potentiels et, à compter du printemps, campagne de levée de fonds.

Des sommes modestes
Certes, les montants visés ne sont pas considérables. A Lyon-I, chacun des fondateurs s'est engagé à verser 350.000 euros sur cinq ans. A Rennes, la nouvelle structure devrait rapporter, dans un premier temps, environ 200.000 euros par an. Dans tous les cas, on est très loin des sommes collectées par certaines grandes écoles, dont HEC, la plus richement dotée - et encore plus éloigné des pactoles amassés par quelques grandes universités anglo-saxonnes. Pas de quoi, donc, bouleverser l'équation budgétaire des institutions. Reste que, même limité, l'apport des fondations va leur permettra de lancer de nouvelles initiatives. L'IGR de Rennes prévoit ainsi d'instaurer un système de primes pour ses enseignants-chercheurs qui publient dans des revues de haut niveau ; de rendre le TOEIC (1) obligatoire et gratuit pour ses étudiants ; de financer des stages à l'étranger, ou encore d'accorder des bourses. A Assas, le président envisage d'utiliser la manne pour « moderniser » son enseignement et sa recherche, offrir des bourses à des étudiants. Un centre de droit des affaires ouvert aux entreprises est également à l'étude. Sans compter qu'il s'agit d'un début et que rien n'interdit une montée en puissance ultérieure.

Liens avec les entreprises
Mais l'essentiel est ailleurs. Car, au-delà de la manne supplémentaire ainsi collectée, la création d'une fondation présente pour les universités un double intérêt. En ciblant en priorité les entreprises, elle incite ces dernières à s'intéresser davantage aux universités. A se pencher sur l'offre de cours, sur le fonctionnement de l'institution, sur le profil des diplômés. Et à se montrer plus exigeantes. Autrement dit, une fondation peut contribuer fortement à intégrer l'université dans la communauté des affaires. De quoi permettre aux facultés de se poser en concurrentes des grandes écoles, traditionnellement plus proches de l'entreprise.

La soirée de lancement de la fondation de l'IGR-IAE de Rennes, la semaine dernière, réunissait ainsi le gratin du patronat local, dans un élan de solidarité autour de « son » institution. « L'aspect financier n'est pas prioritaire. Nous voulons avant tout faire de cette structure un lieu de rencontre et de synergie avec les entreprises », indique Patrick Reffait, le délégué de la fondation rennaise. « Nous n'attendons plus que l'argent arrive, nous allons chercher les ressources. Cela va nous obliger à prendre des initiatives en direction des entreprises et des cabinets d'avocats, note de son côté Louis Vogel. Et donc à évoluer. » Second impact potentiel de la fondation : elle peut modifier le regard des étudiants eux-mêmes sur leur institution et sur leur scolarité. Alors qu'ils sont habitués à la quasi-gratuité, elle peut leur faire prendre conscience que l'enseignement supérieur a un coût pour la collectivité et qu'il joue un rôle clef dans les circuits économiques. Voire les rendre plus attentifs à la qualité de l'enseignement qui leur est dispensé. A ce double titre, le décollage des fondations peut contribuer de façon importante au renouveau des universités.

Quatre millions pour HEC

Entreprises
Quatre millions d'euros : c'est la somme que s'est engagée à verser à la Fondation HEC, sur quatre ans, le fondateur et président d'honneur d'Adecco, Philippe Foriel-Destezet. Un montant inédit en France, et qui fait suite à un premier don de 1 million d'euros en 2003. Le geste a d'ailleurs encouragé une vingtaine d'autres grands donateurs à se manifester. Créée en 1972, la Fondation HEC, qui réunit 44 entreprises membres ainsi que l'Association des diplômés, a déjà engrangé cette année (à fin septembre) 5,7 millions d'euros de recettes, contre 3,4 millions en 2006. Une manne qui lui permet de contribuer à hauteur de 4 millions au budget de l'école et notamment de financer des chaires, des bourses pour étudiants français et étrangers (1,3 million d'euros cette année), le recrutement de professeurs, des travaux de recherche... sans oublier les frais de communication.



(1) Test of English for International Communication.

JEAN-CLAUDE LEWANDOWSKI

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Source
Les Echos
Date de publication
26/10/07
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