L'Allemagne championne européenne de la R&D
Les Echos
Publié le : 13 novembre 2007
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Avec un budget annuel proche de 60 milliards d'euros, l'Allemagne investit plus de 2,5 % de son produit intérieur brut dans la R&D publique et privée.
L'an passé, sur un total de 12 milliards d'euros consacrés à la recherche publique par les trois principaux ministères, 4,7 milliards (40 %) ont été dédiés à des projets sélectionnés dans le cadre de thématiques jugées stratégiques pour l'avenir du pays.
D'ici à 2009, le gouvernement fédéral injectera près de 15 milliards d'euros supplémentaires dans des programmes de haute technologie destinés à renforcer l'innovation. »
Annette Schavan semble heureuse comme une ministre de l'Education et de la Recherche en Allemagne. Elle dispose de deux puissants instruments financiers pour mener à bien sa politique : un budget public confortable et en croissance pour doper la recherche académique et des groupes industriels riches et tirés par l'exportation et l'innovation. La ministre bénéficie aussi du soutien inconditionnel de la chancelière Angela Merkel, une physicienne venue de l'Est et gagnée d'avance à sa cause. Annette Schavan s'appuie aussi sur une vieille tradition germanique : la valorisation industrielle des découvertes scientifiques. Un pragmatisme qui date de la révolution industrielle du XIXe siècle et irrigue tous les acteurs de la filière. L'an passé, sur un total de 11,7 milliards d'euros consacrés à la recherche publique par les trois principaux ministères (*), 4,7 milliards (40 %) ont été dédiés à des projets sélectionnés dans le cadre de thématiques jugées stratégiques pour l'avenir du pays.
Le premier organisme de recherche public est la Helmholtz Gemeinschaft (HGF). Par sa taille (26.500 personnes) et son budget (2,3 milliards d'euros), cette communauté d'instituts de recherche s'apparente au CNRS (sans les sciences humaines et sociales). Elle fédère les plus belles unités du pays dans des disciplines aussi variées que la physique des particules, l'exploration de la planète, la génomique, la recherche sur le cancer ou l'énergie (lire l'encadré). Cette entité de création récente (1995) place au rang de ses priorités un objectif qui ferait hurler nombre de chercheurs hexagonaux :
« créer de la valeur pour la société et l'industrie »
.
Recherche stratégique
Malgré ses travaux très fondamentaux, la HFG se flatte de détenir le meilleur taux de contrats externes décroché par un chercheur académique du pays : 8 %. Quatre fois mieux que l'autre vedette locale, la Max Planck Gesellschaft (MPG), plus connue malgré sa plus petite taille. Le pays possède également deux structures mixtes spécifiquement dédiées aux transferts et à la recherche appliquée : la société Fraunhofer (FhG) et l'association Leibniz (WGL). La première (créée en 1949) a servi de modèle aux instituts Carnot lancés en France en 2005. Une autre institution joue un rôle majeur, la Deutsche Forschungsgemeinschaft (DFG), qui distribue des fonds de l'Etat et des Länder aux meilleurs chercheurs.
« Les universités, les organismes de recherche extra-universitaires et la DFG sont les trois piliers du système allemand. Ils sont en concurrence permanente pour décrocher les budgets fédéraux et ceux des Länder »,
précise le docteur Marina Koch-Krumrei, qui dirige le bureau berlinois de la DFG.
Cette organisation combinant le public et privé se traduit par une triple couronne. Le pays de Goethe est le leader européen de la recherche académique en termes de budget, le premier déposant de brevets et le champion de la recherche appliquée dans l'industrie.
« Le financement paritaire est inscrit dans la culture du pays »
, rappelle Marina Koch-Krumrei. Contrairement à une légende entretenue par les chercheurs français, cette recherche majoritairement financée par des appels à projets ne nuit pas à la créativité du monde académique. Le pays a récolté huit prix Nobel au cours des quinze dernières années et deux de plus le mois dernier.
Science et économie
Les priorités annoncées l'an dernier par le gouvernement correspondent clairement à de nouvelles ambitions :
« trouver une alliance entre l'économie et la science en accentuant les partenariats et en investissant dans les domaines à fort potentiel »
. Le plan « Hightech-Strategie » lancé en 2006 est richement doté : près de 4 milliards d'euros supplémentaires injectés chaque année dans des secteurs prioritaires. Pour Annette Schavan, ces dépenses doivent servir à rendre
« l'Allemagne compétitive sur les marchés internationaux »
. Le plan comprend quelques nouveautés, dont des primes aux chercheurs les plus créatifs, des « super universités » et des centres d'excellence inspirés des « clusters » d'outre-Atlantique.
« Notre modèle c'est le système américain, avec sa culture de projet et ses universités indépendantes »
, indique Rolf-Dieter Schnelle, directeur de la culture et de l'éducation au ministère des Affaires étrangères allemand.
Sans véritablement s'en rendre compte, la recherche française avec son syndicalisme arc-bouté sur le fonctionnariat, ses références constantes à l'antilibéralisme et ses réticences face à l'innovation technologique et la sélection est en train de se couper du reste de l'Europe et singulièrement de son partenaire allemand. C'est peut-être près de l'une des plus belles places de Berlin, la Gendarmenmarkt, que se dessine l'avenir de la recherche européenne. Ce lieu historique, qui date la fin du XVIIe siècle, est connu pour ses deux églises quasi jumelles, une allemande et une française, qui saluent la statue du poète Schiller et encadrent une salle de concert. Les bureaux de la DFG sont à deux pas de cette place remaniée et détruite à plusieurs reprises. Aux abords de la Gendarmenmarkt, on parle désormais plus souvent de Washington, de Moscou, de Beijing ou de Delhi que de Paris-V, d'Orsay ou de Grenoble. C'est dans ces capitales lointaines que la DFG a d'ailleurs installé toutes ses représentations étrangères.
Près de 2,5 % du PIB
• L'an passé, l'Allemagne a injecté 2,52 % de son PIB dans la R&D (contre 2,18 % en France).
• Le financement public représente 0,8 % du PIB, contre 1 % en France.
• Les fondations mobilisent environ 500 millions d'euros par an.
• On compte 265.000 chercheurs publics et privés en Allemagne, soit 6,7 chercheurs pour mille habitants.
• La France emploie 193.000 chercheurs, soit 7,1 chercheurs pour mille habitants.
Les piliers de la recherche outre-Rhin
La recherche académique allemande s'appuie sur quatre piliers institutionnels, dont le plus important est l'association Helmholtz (HGF), qui regroupe une quinzaine d'instituts en charge des recherches de base dans des disciplines faisant appel à de grands instruments ou à des problématiques complexes : physique des particules (dont le synchrotron Desy), fusion nucléaire, décryptage du génome, espace (dont le DLR), exploration de la Terre. La HGF gère aussi la participation allemande dans les programmes transnationaux (Iter, Xfel, Fair). Elle emploie environ 26.500 personnes (dont 8.000 chercheurs et ingénieurs) sur une quinzaine de sites. Son budget annuel (2,3 milliards d'euros en 2007) est supporté à hauteur de 63 % par des fonds fédéraux, 7 % par les Länder, 15 % par des contrats industriels et 15 % par d'autres sources externes. La société Max Planck (MPG) mène des recherches fondamentales et contrôle 81 instituts thématiques avec un budget de 1,4 milliard d'euros. La société Fraunhofer (FhG) se charge de la recherche technologique et la valorisation. Son budget (1,2 milliard d'euros) est financé à hauteur de 65 % par des contrats de recherche avec le public ou le privé. La société Leibniz est construite sur un modèle similaire (1,2 milliard d'euros). Un cinquième organisme joue un rôle d'agence de moyens : la Deutsche Forschungsgemeinschaft, créée en 1903 et recadrée dans les années 1950. C'est une agence indépendante qui dispose cette année d'un budget de 1,6 milliard d'euros fournis par le Bund (Etat Fédéral) à hauteur de 52 % et les länder (48 %). La DFG ne possède pas de laboratoires en propre. Sa dotation est ventilée entre les meilleurs projets venant des universités ou des centres de recherche toutes disciplines). Son équivalent français est l'ANR, dont le budget sera d'environ 900 millions d'euros l'an prochain.
ALAIN PEREZ
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