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Ici Londres, les Français parlent aux Français
Les Echos
Publié le : 15 novembre 2007
Les réseaux français de Grande-Bretagne s'organisent et permettent aux ressortissants nationaux de guetter les meilleures opportunités professionnelles. 350.000 Français à Londres, c'est l'équivalent de la 7e ville de l'Hexagone. En photo St Pancras la nouvelle gare de l'Eurostar.

A Londres, ils sont quelque 350.000. Et, comme toutes les minorités du monde, des affinités culturelles et nationales les poussent à se regrouper. Anciens de grandes écoles, anciens élèves du Lycée français de Londres, Association des Bretons du Royaume-Uni ou des Alsaciens en Grande-Bretagne, association Arts et Lettres, Association démocratique des Français à l'étranger... Les associations françaises prolifèrent dans la capitale britannique. Du dîner d'Anciens de Sciences po dans un restaurant de Chelsea à l'organisation du bal du 14 Juillet à Froggy Valley (South Kensington), les réseaux sociaux et professionnels fonctionnent à plein régime. De quoi soutenir le moral des futurs candidats à l'expatriation qui débarquent, depuis mercredi, de la nouvelle gare de St Pancras.

« Inventeurs des réseaux, les Anglais sont à la tête d'associations particulièrement puissantes, malheureusement nous ne rivalisons pas avec eux », modère Arnaud Vaissié, président de la Chambre de commerce française à Londres et président d'International SOS. « Toutefois, nous nous organisons », poursuit celui qui a aussi cofondé avec Pascal Boris, en 2004, le Cercle d'outre-Manche. Une association dont les publications traversent aisément la Manche et inspirent les milieux d'affaires, politiques et universitaires français. « L'idée est de comparer ce qui marche ou pas en Grande-Bretagne et en France », explique Arnaud Vaissié. C'est ainsi que les maisons de l'emploi ou les investissements dans de nouvelles sociétés à des conditions fiscales avantageuses inspirent l'actuel gouvernement français. Alors que sur le terrain du système de santé, de la politique énergétique ou encore des transports publics, c'est la France qui tient la corde.

Toutes sortes d'événements
Au total, la Fédération des associations françaises en Grande-Bretagne recense plus de 70 membres, qui organisent les événements les plus divers. Rien que pour ce mois de novembre à Londres, Jean-François Théodore, le président d'Euronext, est attendu à la Chambre de commerce française. Lydie Salvayre va lancer la version anglaise d'un de ses romans. Et l'économiste Jacques Marseille a répondu à l'invitation des Anciens de l'ESCP-EAP UK pour débattre de la question de la France et de ses moyens de réforme. Autant d'occasions de se rencontrer entre Français et d'échanger quantité d'informations.

« Des CV circulent, des gens me demandent conseil, je m'efforce de répondre au maximum », déclare Laurent Feniou, banquier d'affaires à Londres depuis douze ans. « Dès mon arrivée, j'ai contacté deux ou trois associations : deux professionnelles et une régionale. C'est pratique car on se refile des tuyaux, des plus utiles aux plus futiles », reconnaît une consultante en management. « Une réunion de professionnels de l'immobilier, une conférence d'agences de notation, un symposium : c'est finalement assez facile de «réseauter» », constate un nouveau venu à Londres. « Surtout, c'est un moyen de connaître les opportunités qui sont réservées aux Français plutôt qu'à d'autres », renchérit Lionel Ferly, banquier à Londres depuis trois ans. « Sur un marché très segmenté et spécialisé comme la finance, les Anglo-Saxons réservent logiquement aux Français les zones géographiques francophones ou bien Emea [Europe, Moyen-Orient, Afrique, NDLR] et utilisent leur carnet d'adresses. »

Flexibilité du marché du travail
« 350.000 Français : c'est l'équivalent de la 7e ville française. On trouve, à Londres, des gens de tous les niveaux, des personnes non formées aux plus diplômées », souligne Arnaud Vaissié. Ce qui motive ces candidats à l'expatriation ? La flexibilité du marché du travail, le dynamisme économique, l'opportunité de progresser en anglais. Sans compter, pour les plus fortunés (sportifs de haut niveau, artistes à gros cachets, créateurs d'entreprise à succès, financiers de haut vol, etc.), un dispositif fiscal des plus favorables.

« Notre force de travail est reconnue outre-Manche », remarque une consultante. « Mais, expliquer aux Britanniques comment fonctionne notre système de grandes écoles n'a pas été simple », se remémore un manager d'une compagnie d'assurances. « Il y a quelques années, ils semblaient ne connaître que la Sorbonne et Sciences po. Les choses ont changé : maintenant ils détachent correctement chaque lettre de HEC et, depuis que l'école a ouvert un campus près de Hampstead [nord de Londres, NDLR], ils connaissent aussi l'ESCP-EAP. »

Sans conteste, les plus demandés en Grande-Bretagne sont les ingénieurs et les diplômés en mathématiques dont l'expertise en produits dérivés est très appréciée outre-Manche. Les sièges sociaux hexagonaux, qui pratiquent l'expatriation à des conditions financières appréciables pour leurs salariés, fournissent aussi une bonne partie du bataillon. Et puis, il y a tous les autres Français, matériellement moins favorisés mais qui, pour autant, ne sont pas en reste. Car, à environ 5 % de taux de chômage, le marché de l'emploi britannique offre de réelles opportunités. « Il est flexible et les employeurs britanniques prennent davantage de risques que leurs homologues français », déclare une responsable marketing. Des risques mesurés toutefois . « Il n'est pas rare, en effet, de se voir offrir des postes en dessous de nos compétences professionnelles. » Autre écueil : pour les postes les moins qualifiés (vendeurs, serveurs, dépanneurs en informatique, déménageurs, cuistots, etc.), les Français entrent nécessairement en rude compétition avec les ressortissants de pays d'Europe centrale, d'Afrique ou d'Amérique du Sud.

Capitale mondiale
« Il y a quinze ans, New York était un passage obligé. Plus maintenant. Londres s'est imposée comme capitale non seulement européenne mais aussi mondiale », souligne Arnaud Vaissié. Du coup, beaucoup en profitent pour y acquérir une expérience qu'on leur aurait interdite en France. « Malgré mon diplôme français de second rang, j'ai réussi à décrocher un poste dans un groupe informatique et à y progresser très vite », se réjouit un commercial. « Mais, je vais rentrer en France : tout est trop cher à Londres et le paradoxe est que je trouve cette société britannique trop inégalitaire alors même que c'est elle qui m'a permis de saisir ma chance. J'espère capitaliser sur mon expérience étrangère à Paris. »

Le retour : beaucoup l'estiment difficile au-delà de cinq ans sur place. Car ils apprécient des relations de travail qu'ils considèrent « plus pacifiées, moins hiérarchiques et moins imprégnées d'affectif qu'en France. » Du coup, sans se départir de leur bagage national et culturel, certains préfèrent se tenir à l'écart du milieu français de Londres pour mieux s'intégrer à un melting-pot international qui, au final, ne comporte qu'une minorité d'Anglais.



MURIEL JASOR

Tous droits réservés (2007) LES ECHOS
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Date de publication
15/11/07
Thème industrie
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