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L'imagerie médicale courtise la biologie
Les Echos
Publié le : 10 Décembre 2007
Les industriels du secteur misent sur des nanoexplorateurs. Objectif : améliorer la précision du diagnostic et la qualité des soins du corps humain.

Les industriels de l'imagerie médicale sont-ils en train de préparer en douce le hold-up du siècle dans le secteur de la santé ? L'intérêt grandissant de l'américain General Electric, du néerlandais Philips et de l'allemand Siemens pour les marqueurs biologiques circulant dans le corps humain semble préparer une redistribution des cartes dans un domaine en pleine révolution technologique. Officiellement, ces spécialistes des scanners, de l'échographie et de l'IRM recherchent des détecteurs biologiques ultrasensibles. Objectif : révéler aux radiologues des malformations ou des tumeurs de très petite taille, afin d'améliorer la précision du diagnostic et la qualité des soins. Pour maîtriser cette discipline naissante baptisée « imagerie moléculaire », ils misent sur des instruments qui font rêver tous les acteurs du monde de la santé : des vecteurs microscopiques circulant dans le corps et repérant les cellules anormales.

Ces nanoexplorateurs sortis tout droit du film « Le Voyage fantastique » (1) doivent posséder deux qualités essentielles. D'abord, une extrême discrétion pour ne pas éveiller l'attention des gendarmes du système immunitaire, toujours prêts à phagocyter un intrus. Ensuite, un flair biochimique hors pair. Leur mission consiste à se fixer sur des cellules malades ou dégénérescentes choisies par les thérapeutes. Une fois le contact avec le coupable établi, ils lui plantent une balise dans le dos et ne le lâchent plus d'une semelle.

Alzheimer et cancer
Réunis récemment à Chicago pour leur rendez-vous annuel (RSNA), les industriels de l'imagerie médicale ont confirmé la puissance thérapeutique de ce nouveau concept. Selon Elias Zerhouni, directeur des National Institutes of Health américains (voir « Les Echos » du 28 novembre), ces percées vont propulser l'imagerie médicale vers de nouveaux sommets. « Cette discipline va occuper une place majeure dans tous les systèmes de santé. Nous serons prochainement capables d'extraire des informations biologiques à toutes les échelles du vivant, depuis l'angström jusqu'au centimètre, nous permettant de suivre l'évolution d'une maladie pratiquement en direct. Cela va révolutionner le management de certaines pathologies comme les maladies inflammatoires ou auto-immunes».

Toute une série de marqueurs organiques ou minéraux possédant ces affinités sélectives ont déjà été repérés par les biologistes. L'un d'entre eux, le PiB (2), se colle à l'un des responsables de la maladie d'Alzheimer, la protéine bêta-amyloïde, dont l'accumulation produit des plaques qui étouffent les neurones. Cette technique pourrait permettre de détecter précocement des maladies neurodégénératives, parmi lesquelles la maladie d'Alzheimer. Dans le domaine du cancer, les chercheurs s'intéressent notamment à d'autres messagers biologiques responsables de l'effet PTM (« post translational modification »), qui conduit au processus de cancérisation de certaines lignées de cellules (3).

Biotransporteurs
A terme, on espère mettre au point des familles de biotransporteurs construits spécialement pour ces missions de reconnaissance. « Nous cherchons des molécules non toxiques sachant étiqueter les cellules saines ou malades », résume le professeur Bengt Langström, directeur scientifique d'Imanet, une structure chargée d'explorer les sciences de la vie pour le compte de GE.

Cette entité installée en Suède, à Uppsala, a mis en place en Europe un réseau de centres de recherche pour explorer ces pistes. L'Institut européen d'oncologie de Milan (EIO) travaille ainsi sur le marquage des cellules souches précancéreuses qui sont à l'origine du cancer du sein. Ces cellules tumorales quiescentes sont capables de dormir des années avant de se réveiller. « Ce sont des programmes à long terme d'au moins cinq ans », indique Bengt Langström. La généralisation de ces techniques de détection précoce devrait améliorer un constat qui fait froid dans le dos : un quart des décès constatés dans les pays en développement sont la conséquence d'un mauvais diagnostic des maladies.

Revers de la médaille, le poids de cette imagerie new look, « aide au diagnostic et au traitement » , commence à peser dans les comptes des systèmes de santé. Ce poste a augmenté de plus de 93 % aux Etats-Unis au cours des cinq dernières années. Et ce mouvement ne fait sans doute que commencer. Dans la plupart des pays développés, on considère désormais que tous les services des urgences devraient être équipés d'une IRM opérationnelle vingt-quatre heures sur vingt-quatre, au nom de la santé publique.



(1) Film de science-fictionde Richard Fleischer (1966) racontant l'expédition d'une équipe de médecins voyageant dans un organisme humain à bord d'un sous-marin microscopique pour le soigner.(2) PiB Pittburgh Compound, découvert par les chercheursde l'école de médecine de l'université de Pittssburgh.(3) Ces signaux cellulaires induisent la reproduction asymétrique de lignées de cellules incapables de réparer un ADN muté qui deviennent dans certains cas cancéreuses.

ALAIN PEREZ

Tous droits réservés (2007) LES ECHOS
Source
Les Echos
Date de publication
10/12/07
Thème R & D
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