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L'information génétique à destination du grand public doit encore progresser
Les Echos
Publié le : 14 Décembre 2007
Les techniques doivent être affinées et beaucoup d'hypothèses restent à valider.

Baisse considérable des coûts du séquençage et constitution de bases de données génomiques. La combinaison de ces deux phénomènes ouvre la voie à la démocratisation de l'information génétique. Qu'on s'en réjouisse ou non, nous disposerons demain de l'information génétique nous concernant, tout comme nous disposons aujourd'hui de l'information médicale nous concernant - même si elle n'est pas toujours complète.

Aujourd'hui, avec 23andMe, nous n'en sommes qu'aux balbutiements. Avec une qualité et une fiabilité de l'information génétique tout à fait incertaines. Les prix ont beau avoir baissé, « pour 1.000 dollars on ne peut pas s'attendre à des miracles, estime Pascal Brandys, ancien président de la société de génomique Genset, maintenant investisseur. Pour commencer, la salive ne fournit pas un ADN de bonne qualité. « Il y en a peu et il est dégradé par les enzymes digestives présentes dans la salive, observe Pascal Brandys. D'autre part, les technologies actuelles de séquençage, qu'il s'agisse de celle d'Affymetrix, de 454 Life Sciences ou d'Illumina, ne sont pas adaptées à un séquençage fin, ce qui est le cas quand on cherche à détecter des variations portant sur un nucléotide - les fameux SNP ( «single nucleotide polymorphisms», NDLR) ». Ce sont justement ces SNP que 23andMe étudie, en tout cas pour ce qui est des applications à la santé autour desquelles il fait l'essentiel de sa publicité. « Avec les méthodes actuelles, la fiabilité du séquençage ne peut guère dépasser les 80 % », estime Pascal Brandys. « En revanche, pour la recherche des origines géographiques familiales, poursuit-il , on peut se satisfaire de méthodes moins fines. » La génétique des populations se fonde en effet sur l'étude de la transmission de blocs de gènes. Idem pour une recherche en paternité. Rechercher, chez un enfant, la trace des gènes de son père ne nécessite pas des méthodes très sophistiquées.

Interprétation difficile
Il faut enfin rappeler que les corrélations établies entre certains SNP et la prédisposition à telle ou telle maladies sont de nature essentiellement statistique. Il s'agit donc pour l'instant quasi exclusivement d'hypothèses dont la valeur prédictive n'a pas été démontrée cliniquement. De plus, 23andMe a choisi de privilégier des maladies dans lesquelles de multiples gènes sont impliqués. Ce qui rend les résultats particulièrement difficiles à interpréter . « Dans dix ans, à partir du sang de cordon ombilical par exemple, on pourra sûrement obtenir des résultats de bonne qualité, prédit Pascal Brandys. Mais il faudra encore beaucoup plus de temps avant que l'on puisse en déduire quelque chose de sérieux. »

Pour Michel Morange, biologiste moléculaire et historien des sciences, professeur à l'université Paris-VI et à l'ENS, la responsabilité de sociétés proposant de tels services n'est pas négligeable. « Le grand public a tendance à surestimer l'autorité scientifique de la génétique , observe-t-il. Il va par exemple accorder plus de poids à un test de prédisposition génétique à une maladie cardiovasculaire qu'à un examen physiologique décelant une hypertension ».

On peut ajouter que, même en supposant tous ces résultats avérés, ils sont de surcroît difficiles à comprendre. « Monsieur Tout-le-Monde n'est pas à l'aise avec la notion de risque, qui s'exprime par des probabilités (de développer la maladie), voire par un écart - en plus ou en moins - par rapport au risque moyen (de développer la maladie) » , observe Michel Morange. Le risque de générer inutilement de l'angoisse est donc grand, même s'il est vrai que les hypocondriaques n'ont pas besoin de la génétique pour se laisser aller à leur travers. Il semble donc urgent d'attendre avant de dépenser les 999 dollars demandés par 23andMe, sauf éventuellement pour savoir de quelle région du globe venaient vos ancêtres.



CATHERINE DUCRUET

Tous droits réservés (2007) LES ECHOS
Source
Les Echos
Date de publication
14/12/07
Thème R & D
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