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Sécurité des entreprises : la CNIL ouvre la porte à l'identification biométrique des salariés
DEREK PERROTTE
Publié le : 27 Décembre 2007
Par souci de confort et de sécurité, les grandes entreprises recourent de plus en plus à la biométrie pour contrôler l'accès des salariés. Craignant une multiplication des banques d'empreintes digitales, la Commission nationale de l'informatique et des libertés vient de définir, à destination des employeurs, une série de garde-fous à respecter.

On perd moins souvent son doigt que son badge... C'est en partant de ce constat qu'un nombre croissant d'entreprises adoptent désormais des systèmes d'identification biométrique. Dans les grandes entreprises, il n'est plus rare que l'accès à une salle, un bâtiment ou un ordinateur s'effectue en passant la main, le visage ou l'oeil devant une borne. C'est le cas à Sanofi Aventis pour accéder à des bases de données, à Fenwick pour piloter des chariots élévateurs, à TNT Express pour pénétrer dans le centre de contrôles... Le phénomène gagne aussi l'administration (CAF, mairies) et des musées, des ports, des universités...

La Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL), dont l'autorisation est nécessaire pour recourir à la biométrie, a reçu 800 demandes ces trois dernières années. « C'est l'explosion », constate-t-elle : « Le rythme s'accélère, et ce n'est là que la partie émergée de l'iceberg », beaucoup d'employeurs omettant de se signaler.

Meilleur rapport fiabilité-prix
De fait, « ces technologies arrivent à maturité et le rapport fiabilité-prix devient très intéressant », explique Sagem Sécurité, un des leaders mondiaux de la biométrie. La « biométrie de confort » gagne donc les entreprises : s'il suffit de passer la main sur une borne pour entrer, sortir ou allumer un ordinateur, adieu la laborieuse et coûteuse gestion des badges, clefs ou codes qui peuvent être perdus, oubliés, cassés... Une voix, un visage ou un doigt étant autrement plus compliqués à voler qu'un badge, la biométrie se veut aussi le système de sécurité le plus abouti.

En pratique,
« la reconnaissance des empreintes digitales est la plus prisée des employeurs pour sa simplicité et sa fiabilité », explique Sagem Sécurité. C'est précisément ce qui pose problème à la CNIL, qui craint une multiplication incontrôlée des fichiers d'empreintes. Jusqu'alors, elle s'est prudemment refusée à labelliser tout dispositif clefs en main, préférant un examen au cas par cas des demandes. Au risque de prendre du retard : 600 des 800 demandes émises depuis 2004 sont encore en attente de réponse...

Toutefois, au vu de l'ampleur prise par le sujet et pressée de questions par les grands groupes, la CNIL vient, aux termes d'âpres débats internes, de préciser sa position sur l'utilisation des empreintes digitales. De la sorte, elle continue d'ouvrir la porte à ces dispositifs tout en dressant des garde-fous, leur utilisation devant « se justifier par des raisons de sécurité qui dépassent le seul intérêt de l'entreprise » (lire ci-dessous). Pas question donc d'utiliser les empreintes digitales comme simple outil de pointage ou d'accès au self. Pour ce type d'usage, la CNIL invite à se replier sur des systèmes moins sujets à dérives, comme la reconnaissance du contour de la main.

Contremaître virtuel
Quel que soit le système adopté par l'entreprise, de tels dispositifs ne sont toutefois pas anodins. Ils permettent aussi aux employeurs un calcul plus fiable du temps de présence : impossible désormais de faire pointer un collègue pour soi... Un pas de plus, en somme, dans « l'ère du contremaître virtuel », selon l'expression de la CNIL.

Le salarié, lui, n'a guère le choix. Si la CNIL a donné son accord au dispositif installé, il ne peut pas, a priori, refuser de s'y plier. Saisie en mai 2004, la Cour de cassation a estimé que le licenciement d'un salarié qui refusait obstinément de badger était justifié. Et ce qui s'est appliqué hier au badge a toutes les chances de s'appliquer demain au doigt.





Tous droits réservés (2007) LES ECHOS
Source
Les Echos
Date de publication
27/12/07
Thème industrie
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