L'ANR a trouvé sa place auprès des chercheurs
MATTHIEU QUIRET
Publié le : 29 janvier 2008
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L'Agence nationale de la recherche (ANR) s'est imposée auprès des chercheurs et des entreprises. Elle doit conserver un équilibre avec les autres organismes de recherche.
Le budget 2008 de l'ANR atteint 955 millions d'euros. Il représente 2,3 % de la dépense globale de recherche française, publique et privée.
Dans les laboratoires, les chercheurs ont inventé un terme pour parler de nous, ils disent qu'ils ont décroché une ANR
.
Ils ont complètement intégré l'Agence nationale de recherche. »
La directrice générale de l'ANR, Jacqueline Lecourtier, ne boude pas son plaisir. Trois ans après sa création, le nouveau guichet de la recherche française s'est intégré dans le paysage. Fortement critiqué à son démarrage, son fonctionnement par appels à projets fait aujourd'hui moins polémique. Les arguments sont là, sonnants et trébuchants : le budget 2008 de l'ANR atteint 955 millions d'euros. Il représente maintenant 2,3 % de la dépense globale de recherche française, publique et privée. Mais, au-delà du bol d'air financier qu'elle apporte, une ANR rentre aujourd'hui dans les critères d'évaluation, une toise comme une autre vis-à-vis des pairs.
L'agence a d'abord atteint sa mission principale de distiller la culture de la recherche sur projets aux laboratoires publics. Elle a également su rapprocher les chercheurs publics et les activités de recherche de nombreuses entreprises à travers la recherche partenariale.
« 20 % de notre budget 2007 sont allés à l'industrie »,
chiffre Jacqueline Lecourtier. Ce taux atteint 30 % dans les programmations STIC, santé, énergie ou ingénierie. La programmation 2007 a permis de lancer 542 projets sur les 2.087 propositions déposées, soit le sacro-saint taux d'écrémage de 25 % que l'ANR applique à ses sélections.
Quid du travail à long terme ?
L'ANR a résolu la faiblesse initiale de sa programmation en sciences humaines et sociales (SHS). La première année, cette communauté avait peu répondu aux appels d'offres. Le battage de l'ANR auprès de ces chercheurs a fonctionné puisque les deux dernières années ont été plus fructueuses. Environ 600 projets SHS sont financés dans les appels spécifiques et dans le programme blanc. Dans les autres domaines, elle comble peu à peu les espaces vide. L'ANR voudrait mieux couvrir les sciences de la mer, mais l'Ifremer remplit déjà bien ce rôle dans la recherche appliquée. La recherche nucléaire n'a pas vocation à sortir du CEA. Quant aux sciences de la vie, l'ANR devra s'adapter au grand bouleversement du paysage français en préparation.
En revanche, l'ANR n'échappe pas à la critique classique des agences de moyens, à savoir son impuissance à travailler à long terme. Ses financements couvrent généralement des projets à trois ans. Les scientifiques sont nombreux à rappeler, comme le physicien Albert Fert, que les idées novatrices mettent des années à mûrir. Le dernier rapport FutuRIS estime tout autant que l'ANR joue surtout le rôle d'amplificateur ou d'accélérateur d'une thématique de recherche déjà établie. Mais la découverte de pistes émergentes et leur maturation se font principalement grâce aux crédits récurrents des universités et des organismes. D'où la nécessité de conserver un équilibre entre les deux types de financements. Dans les laboratoires ou dans les agences, on estime que le ratio actuel est satisfaisant. Le débat sera donc houleux si le gouvernement remet en question la promesse du précédent ministre de la Recherche, François Goulard, d'augmenter symétriquement les moyens de l'ANR et des organismes.
Sur certains sujets, l'ANR sait toutefois faire mentir ce constat. Il a fallu que l'ANR sélectionne un projet de production d'hydrogène par micro-algues pour lancer la France sur ce sujet déjà très exploré aux Etats-Unis.
« Nous sommes les seuls à financer un programme sur la ville durable
»,
insiste aussi la directrice générale.
L'hydrogène s'essouffle
L'ANR sait aussi davantage suivre la dynamique de recherche des laboratoires que de la susciter. L'ANR a ainsi constaté cette année une forte réduction des candidatures au programme sur l'hydrogène, signe que le sujet s'essouffle après un effet de mode.
« Pour conserver un bon taux de sélection, nous n'avons utilisé que la moitié du budget prévu, le reste a irrigué d'autres projets du thème énergie durable et environnement »,
explique Jacqueline Lecourtier. Avec seulement six projets financés, le programme OGM a également subi la saturation et l'affaiblissement de la communauté des biotechnologies végétales... Du coup, l'appel OGM a été remplacé cette année par un programme plus large destiné aux biotechnologies, comme la sélection par marqueurs.
L'ANR a également du mal à faire respecter son indépendance. Le gouvernement a su faire de l'ANR un outil d'intervention sur la programmation. Pourtant, le credo officiel du ministère est de ne décider que les grandes orientations et de laisser la programmation aux agences. Pour 2008, le gouvernement a par exemple demandé l'octroi d'une ligne de 20 millions d'euros pour aider la filière aéronautique. Ce sujet avait pourtant été exclu du champ de l'ANR à sa création. Mais la mauvaise passe d'Airbus a convaincu les autorités publiques de donner un coup de pouce. Avec les industriels, il a été décidé de soutenir des recherches sur les matériaux et sur l'électronique embarquée. Valérie Pécresse a également promis de rajouter 15 millions d'euros par an à l'ANR (ou l'Inra) sur les OGM, une enveloppe pourtant en contradiction avec le constat de l'ANR.
Si elle ne peut se suffire à elle-même, l'agence s'est rendue indispensable en France. Son périmètre n'est probablement pas encore figé puisque Oseo-Anvar pourrait profiter de l'accolement de l'ex-AII pour récupérer une part supérieure d'aides à l'innovation. C'est notamment là que pourraient se monter les démonstrations, une phase qui manque en France dans le continuum de l'innovation. L'ANR pourrait aussi recevoir un coup de pouce supplémentaire grâce au Grenelle de l'environnement. Réponse en juin. Un groupe de travail réfléchit actuellement aux réponses scientifiques à donner aux conclusions du Grenelle. Enfin, l'ANR s'est mise à dialoguer avec les régions, des acteurs de plus en plus ambitieux dans la recherche. L'Aquitaine puis la région Rhône-Alpes cherchent à améliorer le taux de succès de leurs appels à projets et à harmoniser leur programmation avec celle de l'ANR. Celle-ci exclut des cofinancements, mais ils pourraient coopérer sur l'aide aux chercheurs étrangers par exemple.
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