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La santé au travail préoccupe les entreprises allemandes
NATHALIE VERSIEUX (À BERLIN)
Publié le : 19 février 2008
De plus en plus d'entreprises s'intéressent à la santé de leurs salariés, inquiètes du net vieillissement de la population active.

Cantine gratuite, cours d'alimentation saine, salle de méditation et de repos ou de sport sur le lieu de travail, recours à des médecins ou psychologues d'entreprise... Les groupes allemands rivalisent d'imagination lorsqu'on aborde le thème de la santé au travail. « Certains groupes allemands , corrige Oliver-Timo Henssler, de l'institut de recherche EuPD, auteur d'une étude consacrée au sujet. S euls 250 des 800 plus grands groupes allemands prennent vraiment au sérieux la santé de leurs salariés » et ont mis au point une politique de la santé digne de ce nom. L'étude EuPD, réalisée chaque année depuis trois ans avec l'aide de deux universités allemandes, prend en compte une quarantaine de paramètres dont l'évaluation des services santé proposés aux salariés (tels que la vaccination gratuite ou la mise à disposition de salles de sport), la façon dont est gérée la politique de santé (présence d'un service de santé au travail rapportant directement à la direction par exemple), enfin la mesure de l'efficacité de ces politiques.

C'est le cas par exemple à la Deutsche Post, qui, pour la troisième année de suite, arrive en tête du classement dans la catégorie des services ; ou chez Daimler, numéro un dans la catégorie de l'industrie. « Globalement, on peut dire que les cinq premières entreprises du classement se tiennent. L'écart est par contre considérable avec le reste des entreprises qui ont participé à l'étude » , ajoute Oliver-Timo Henssler.

Allongement de la vie active
« Comme bien d'autres entreprises, nous avons pris conscience des problèmes qui nous attendent si nous n'agissons pas maintenant sur l'allongement de la vie professionnelle, explique Ralf Franke, responsable de la politique de la santé chez Daimler (160.000 salariés en Allemagne). L'objectif de notre politique de santé est d'inciter les salariés à prendre soin d'eux et de faire en sorte qu'ils souffrent le moins possible de maladies chroniques après 50 ans. »

Partant du même constat, la Deutsche Post a commencé à s'intéresser au sujet voici dix ans, préoccupée par un taux d'absentéisme alors particulièrement élevé, de quelque 8 %. La Deutsche Post compte 200.000 collaborateurs en Allemagne dont 100.000 facteurs ; 50 médecins du travail et 170 responsables sécurité travaillent à la mise en place de programmes relatifs à l'ergonomie, à l'alimentation ou à des campagnes de prévention contre le cancer ou l'infarctus. « Le fait d'avoir un travail est déjà en soi un facteur de santé , assure Andreas Tautz, responsable de la politique de la santé de la Deutsche Post. On sait que les gens qui n'ont pas de travail ont une espérance de vie plus courte, et pas seulement à cause d'une consommation plus élevée d'alcool ou de tabac. Lorsqu'un salarié se porte mal, c'est souvent lié à un problème de motivation. Les risques d'infarctus, les problèmes de dos sont bien plus élevés chez les salariés qui ont l'impression que leur travail n'est pas reconnu. La meilleure action de prévention est de signaler à un salarié qu'on apprécie son travail. »

Investir sur le long terme
Chez Unilever, les 1.200 salariés du siège ont à leur disposition deux salles de méditation et de repos. Des chaises de massage y attendent les employés stressés, ou ayant passé une mauvaise nuit. « Mieux vaut se reposer une demi-heure sur le lieu de travail et repartir efficace après une courte pause que de dormir debout toute la journée », insiste le responsable de la politique de santé du groupe, Olaf Tscharnezki, qui avoue avoir eu quelques difficultés à faire passer le message auprès de la hiérarchie.

SAP va plus loin encore. Le groupe ne prend pas seulement en charge la santé physique et psychique de ses 14.000 salariés allemands. Il organise quasiment leur temps libre, au nom de « l'équilibre entre vie privée et vie professionnelle ». Cantine gratuite, zones de récréation à tous les étages, salles de sport, sauna en accès libre à n'importe quel moment de la journée. Les salariés, à 86 % diplômés de l'enseignement supérieur, décident eux-mêmes de l'organisation de leur journée.

« Il est difficile d'appréhender le coût d'une politique de la santé , estime Oliver-Timo Henssler. Dans l'industrie automobile, on estime le coût à 120 euros par salarié et par mois. Les caisses de santé allemande parlent elles de 60 à 80 euros par mois. » Seule certitude pour EuPD, les groupes cotés en Bourse sont en général moins sensibles à la santé de leurs salariés, « car une politique de la santé s'amortit sur le long ou le très long terme » . Andreas Tautz, lui, est catégorique : « Chaque euro investi dans la santé et la motivation suscite un retour sur investissement de 2,50 à 10 euros ! » Une chose est sûre, depuis la mise en place de sa politique de santé, la Deutsche Post a vu baisser son taux d'absentéisme à 5,1 %.





Tous droits réservés (2008) LES ECHOS
Source
Les Echos
Date de publication
19/02/08
Thème industrie
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