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Les prétentions des jeunes diplômés inquiètent les recruteurs
Les Echos
Publié le : 18 septembre 2007
Encouragés par des enquêtes sur les salaires parfois déconnectées de la réalité ou mal interprétées, de plus en plus de jeunes diplômés avancent des prétentions salariales démesurées. Un phénomène qui inquiète les recruteurs.

Peu d'étudiants savent utiliser avec discernement les données des enquêtes.

Jean-Jacques Durisy, directeur du cabinet de recrutement Talent People, n'y va pas par quatre chemins : « Certains jeunes diplômés perdent toute notion de réalité : ils ont des prétentions salariales beaucoup trop élevées par rapport à ce que peuvent proposer les employeurs. » Récemment, ce recruteur s'est trouvé face à un candidat exigeant une rémunération de 25 % supérieure à celle effectivement pratiquée par son client. L'exemple est loin d'être anecdotique. Tandis qu'Isabelle Lamothe, DRH du cabinet de conseil Accenture, constate un « décalage de 10 % entre les prétentions des candidats et les salaires effectifs », Jean-Philippe Soulard, DRH France d'Air Liquide, avoue, diplomate : « On est parfois obligés de recadrer leurs ambitions salariales. »

Pourtant, les sources d'informations ne manquent pas : enquêtes publiées par les journaux et magazines, par des organismes institutionnels (Apec, Insee, panel Oscar de la CFDT-cadres...), études émanant des écoles, évaluation de salaires en ligne sur Internet (remuneration.com, salair.fr)... « Aujourd'hui, le candidat croule sous des informations plus ou moins sérieuses », résume Caroline Dana, directrice rémunérations du cabinet Altedia. Et les décalages sont parfois importants : tandis que l'enquête de l'Apec sur l'insertion professionnelle des jeunes diplômés en 2005 donne un salaire moyen de 28.840 euros bruts pour les écoles d'ingénieurs et de 28.700 pour les écoles de commerce, les chiffres de la Conférence des grandes écoles pour la même année sont de 30.250 et 32.200 euros (*). Quant au magazine « L'Expansion », il indique des rémunérations médianes (fixe et variable) d'écoles d'ingénieurs (diplômés en 2004 et 2005) variant pour 2006 de 38.115 (services aux particuliers) à 45.000 euros (banque)...

Prendre du recul
Autant d'écarts qui s'expliquent par la différence de techniques utilisées (questionnaires aux étudiants, étude de cabinets...), et de panels retenus (nombre et type d'écoles participantes). Il n'empêche : si les publications presse et institutionnelles sont effectuées par des cabinets spécialisés et établies sur les fiches de paye fournies par les entreprises, les chiffres avancés par les écoles sont plus litigieux. « Certaines, conscientes que nombre d'étudiants les choisissent en fonction du salaire de sortie, ont tendance à gonfler les chiffres », explique une DRH de SSII. Etablies sur la base de simples questionnaires, ces études s'exposent à des taux de non-réponses élevés. De même, elles se contentent souvent d'indiquer le salaire moyen, sans préciser les médianes et écarts-types. « Il faut savoir prendre du recul par rapport à ces chiffres », reconnaît Christine Proust, de l'Institut de formation aux affaires et à la gestion (Ifag), qui propose aux étudiants de rencontrer un consultant en recrutement pour évaluer leurs prétentions salariales. Car peu d'étudiants savent utiliser avec discernement les données des enquêtes. Pour déterminer leur salaire d'embauche, nombre d'entre eux se contentent de reprendre les chiffres publiés, occultant les différences en fonction des secteurs et des parcours (stages, expérience à l'étranger...). De même, certains se focalisent sur le salaire fixe, sans considérer le poids d'autres éléments de rémunération (primes, participation, intéressement...).

Tensions de recrutement
Encouragés par ces chiffres flatteurs, plusieurs jeunes diplômés n'hésitent plus à négocier leur rémunération dès leur premier emploi. « Ils ont raison : le niveau du salaire d'entrée est primordial pour la suite de la carrière » , rappelle Michel Fourmy, responsable du pôle ressources humaines de la Cegos. Un phénomène qui s'observe avant tout sur les secteurs en tension de recrutement. Fort d'un apprentissage de deux ans effectué chez Alcatel, Salem Amazit, diplômé en 2006 de l'Institut supérieur d'électronique de Paris, a par exemple réussi, lors d'un entretien chez Accenture, à ce que son expérience d'apprentissage soit prise en compte dans son ancienneté et dans son salaire. Le poste ne lui convenant pas, il postule à l'étranger et décroche tout récemment un CDI chez l'éditeur de logiciel Symtrax : alors que son salaire initial ne comporte qu'une partie fixe, il obtient une part de variable pouvant atteindre 25 à 30 % de sa rémunération annuelle. « Vu la concurrence et nos forts besoins, on est parfois obligé de s'aligner », confirme Pascal Guillemin, DRH de la SSII Cegid, où les salaires des juniors ont pris entre 10 et 25 % au cours des deux dernières années. Au sein des grands groupes, les possibilités sont plus faibles. « Nous avons des grilles de rémunération, établies en fonction du diplôme, et nous nous y tenons » rappelle Michel Laborie de Sanofi-Aventis. Même politique chez Air Liquide, qui laisse toutefois à ses recruteurs une marge de manoeuvre de 20 % à l'intérieur de ces grilles. Avis aux jeunes négociateurs.



(*) D'après la dernière enquête de la Conférence des grandes écoles, les diplômés sortis d'école en 2006 ont un salaire annuel moyen de 31.090 euros pour les écoles d'ingénieurs et de 33.120 euros pour les écoles de management.

MAXIME AMIOT

Tous droits réservés (2007) LES ECHOS
Source
Les Echos
Date de publication
18/09/07
Thème Management
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