Quand l'entreprise déménage en province
Les Echos
Publié le : 15 octobre 2007
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Des entreprises n'hésitent plus à quitter Paris pour la province. Les avantages ne manquent pas, mais encore faut-il convaincre les collaborateurs de suivre.
Certaines entreprises, implantées depuis plusieurs années en Ile-de-France, choisissent même de déplacer leur centre de décision en province.
Rhodia, les Laboratoires Boiron, Sanofi Aventis, SEB... Leur point commun : avoir choisi Lyon et ses environs pour y implanter leur siège monde. Club Med, Carrier ou encore Bayer CropScience l'ont fait, eux, pour leur siège Europe.
Aujourd'hui, la 2e région de France réunit plus de 1.500 centres de décision. Peut-on exister et compter sans nécessairement être basé à Paris ou à la Défense ? C'est visiblement le pari que font de plus en plus d'entreprises. Comme Euronews. Lorsqu'il a fallu choisir le lieu d'implantation de son siège, la chaîne internationale a préféré Lyon à d'autres villes européennes comme Munich ou Valence ou surtout Paris. L'argument financier a joué. Selon le cabinet d'audit Ernst & Young, s'implanter à Lyon plutôt que dans la capitale permet d'économiser 1,3 million d'euros par an. Les salaires sont certes de 10 à 20 % moins élevés mais c'est surtout le coût de l'immobilier qui fait la différence. Selon CB Richard Ellis, spécialisé dans le conseil en immobilier d'entreprise, un mètre carré de bureau vaut, à la location, 210 euros par an à Lyon contre 678 euros à Paris. Soit trois fois moins !
Sans compter que la ville est reliée en deux heures par le TGV à la capitale, qu'elle est à la croisée de l'Europe du Nord et de l'Europe du Sud, qu'avec ses 2,5 millions d'habitants sur la région et ses 130.000 étudiants, elle représente un bassin de recrutement d'envergure et qu'elle offre un cadre de vie agréable, à la fois proche de la mer et de la montagne. Pour les salariés également, l'opération est bénéfique : le coût de la vie étant inférieur, le gain en pouvoir d'achat peut être de plusieurs milliers d'euros par an !
« Plus de 90 % de nos collaborateurs ne viennent pas de Lyon. Il n'est pas toujours évident de les faire venir, surtout les Parisiens, mais comme nos salaires ne sont pas très éloignés de ceux de la capitale, ils se rendent vite compte qu'ils y gagnent et ils finissent par rester »,
confirme Michael Peters, directeur général d'Euronews.
Quitter Paris
Certaines entreprises, implantées depuis plusieurs années en Ile-de-France, choisissent même de déplacer leur centre de décision en province. Comme le groupe allemand Ifco Systems (emballages plastique destinés aux fruits et légumes), qui vient de transférer son siège France de Rungis au parc technologique de Saint-Priest, à quelques kilomètres de Lyon.
« Notre bail arrivait à échéance et nos locaux étaient vétustes. Il fallait soit les rénover, soit déménager. C'est alors que l'on a songé à la province »,
explique le directeur général France, Pierre-Olivier Blanchard. Ce déménagement a certes permis à l'entreprise de bénéficier de locaux tout neufs, de se rapprocher de ses clients, les producteurs, mais seuls 5 des 9 collaborateurs ont suivi.
« Le directeur administratif et financier a accepté mais pas son assistante, qui devait le remplacer. J'ai moi-même perdu mon assistante que je considérais comme mon bras droit »,
ajoute-il. La raison de ce refus ? Dans la plupart des cas, explique-t-il, il s'agit de considérations personnelles : le conjoint ne veut pas quitter son emploi ou la famille craint que ce déménagement perturbe les enfants.
Pourtant, l'entreprise avait mis les moyens : visite des nouveaux locaux et de la ville, prise en charge des frais de déménagement mais aussi de transport ou de double résidence pour les collaborateurs ne souhaitant partir qu'à la fin de l'année scolaire, aide pour trouver un nouveau logement et un emploi pour le conjoint, ainsi qu'une prime d'un mois de salaire.
Plus d'efficacité
Coût totale de l'opération pour Ifco Systems : 30.000 euros pour le déménagement de l'entreprise et des collaborateurs, cinq mois de salaire de prime de mobilité et l'équivalent de 30 mois supplémentaires attribués aux 4 salariés ne souhaitant pas déménager (de 4 à 10 mois par personne, en fonction de l'âge et de l'ancienneté). Sans compter le temps passé...
« Entre le transfert des activités à organiser, les visites sur place, la communication auprès des salariés, leur accompagnement, ce déménagement a, pendant six mois, occupé 90 % de mon temps »,
reconnaît Pierre-Olivier Blanchard.
Un an et demi plus tard, le résultat est à la hauteur, selon lui :
« Nous avons gagné en efficacité car les commerciaux sont plus proches des clients. L'absentéisme et les retards ont baissé car les collaborateurs passent moins de temps dans les transports et bénéficient d'un meilleur cadre de vie. »
Quant aux postes laissés vacants à pourvoir :
« Comme nous avons conservé les salaires parisiens, nous avons pu recruter des collaborateurs d'un profil supérieur. »
Accompagnement public ou privé
Alfa Laval, un groupe suédois qui compte 850 salariés dans l'Hexagone, est lui aussi en train de déplacer son siège français de Clayes-sous-Bois (78) à Saint-Priest. Là encore, pour motiver la trentaine de salariés, l'entreprise a mis au point un dispositif incitatif (primes de mobilité, temps libéré pour organiser ce déménagement...):
« Pour certaines fonctions clefs, à la comptabilité ou à l'administration des ventes, il est essentiel que les salariés suivent »,
explique Pierre Gricourt, directeur administratif et financier France. Ifco Systems et Alfa Laval ont bénéficié de l'aide de l'Aderly (Agence pour le développement économique de la région lyonnaise), une structure qui facilite les démarches des entreprises comme des salariés dans divers domaines : trouver un logement ou des bureaux, scolariser les enfants, mise en relation avec des cabinets de recrutement ou des associations locales pour favoriser l'intégration des nouveaux arrivants... Un coup de pouce bien utile et pourtant, reconnaît Jacques de Chilly, directeur exécutif de l'Aderly, il est souvent plus facile d'attirer des sièges d'entreprises européennes ou internationalse que françaises. Environ 60 % des dossiers traités concernent d'ailleurs des sociétés étrangères.
De plus en plus d'entreprises privées offrent elles aussi ce genre de services, à l'instar de Muter Loger, qui accompagne, chaque année, près de 4.000 salariés et leur famille. Le principe :
« On s'occupe de tout ! »,
s'exclame Fabrice Hénaut, président de Muter Loger. Environ 3.000 euros pour un simple déménagement, d'un couple avec deux enfants par exemple, et 2.000 euros supplémentaires si l'on ajoute les démarches pour trouver une nouvelle habitation et scolariser les enfants. Un investissement qui porte ses fruits, selon lui :
« En général, quand une entreprise déménage, seuls 20 % des effectifs suivent. Mais lorsque des services comme les nôtres sont proposés, cela monte à 30 ou 40 %. »
Ce chiffre augmente également lorsque les salariés peuvent tirer profit de ce changement de vie. Ainsi, lorsque Carrier, le leader mondial des systèmes d'air conditionné, a regroupé ses centres de R&D rouennais et américains à Montluel, à 20 kilomètres à l'est de Lyon, 8 ingénieurs et techniciens sur 15 ont suivi :
« Ils allaient bénéficier d'installations plus performantes et faire partie d'une équipe plus étoffée, avec des perspectives de carrière plus intéressantes »,
remarque Didier Genois, directeur ingeniering R&D. Quant aux sept autres, ils ont intégré d'autres postes de la société à Rouen.
CAROLINE MONTAIGNE
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