Les petits arrangements des cadres avec leur travail
MARIE BELLAN
Publié le : 4 mars 2008
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Satisfaits mais vigilants : les résultats d'une récente étude BVA-BPI montrent que les cadres entretiennent un rapport ambivalent avec leur travail.
Parmi les entreprises de l'échantillon, plus de la moitié compte moins de 50 personnes.
44 % des cadres se disent tout à fait satisfaits de leurs conditions de travail, 41 % jugent que la situation économique de leur entreprise s'améliore et 75 % estiment que les niveaux de reporting et de procédures auxquels ils sont soumis sont normaux. On croirait rêver, pourtant ces chiffres sont issus d'un sondage effectué récemment (novembre 2007) par l'institut BVA pour le groupe BPI auprès de 600 cadres. Précision importante : parmi les entreprises de l'échantillon, plus de la moitié compte moins de 50 personnes et 10 % seulement ont plus de 200 salariés. Il s'agit donc d'un univers de petites et moyennes entreprises dans lequel la satisfaction des salariés et leur attachement à l'entreprise sont généralement plus forts que dans les grands groupes.
Autre point : toutes les entreprises interrogées présentent la particularité d'avoir au moins 25 % de leur capital détenus par des fonds de pension ou des fonds d'investissement. Ce sont donc des entreprises à fort potentiel économique, souvent en croissance, ce qui explique en partie la confiance affichée par les cadres interrogés.
Garder l'esprit de solidarité
Néanmoins, 47 % considèrent que les investissements nécessaires sont sacrifiés à la rentabilité :
« C'est une mise en garde importante. En fait, les cadres sont pragmatiques et réalistes quant à la nécessité pour une entreprise d'être performante pour faire face à un univers devenu très concurrentiel, mais ils restent vigilants sur plusieurs points »,
résume Jacques Doyen, directeur de Vivienne 16, département communication de BPI. Concernant le stress par exemple, le sentiment de dégradation prédomine sur celui d'amélioration (21 % contre 16 %). Les cadres voient également d'un mauvais oeil les systèmes de rémunération réservés au top management : 45 % estiment que les stock-options et les retraites chapeau ne sont pas une motivation importante pour rester dans l'entreprise.
« Les cadres interrogés ont une préférence marquée pour la dimension collective du travail et l'évaluation de la performance au niveau de l'équipe. Lorsque les systèmes des rémunération sont trop individualisés, ils ne s'y retrouvent plus. C'est un signal très fort en direction des employeurs qui marque un retour aux fondamentaux du management : plus de solidarité, plus de collectif et des valeurs communes pour travailler »,
estime Joseph Tedesco, directeur associé de BPI. En somme : oui à la performance, oui à l'exigence de résultats, mais en gardant l'esprit de solidarité. Une position délicate, qui prouve le caractère ambivalent des cadres vis-à-vis de leur travail. Autre preuve de cette ambivalence : 78 % d'entre eux reconnaissent qu'il faut être de plus en plus rapide pour améliorer la compétitivité de l'entreprise, mais 64 % déclarent parallèlement qu'aller de plus en plus vite nuit à la qualité de leur travail.
Des chiffres très positifs
L'ensemble de ces chiffres est donc à prendre avec prudence, notamment sur la gestion par objectif. D'après l'étude BPI-BVA, 51 % des cadres estiment que les objectifs de rentabilité qui leur ont été fixés sont tout à fait réalistes et 38 % plutôt réalistes. Un score très positif et plutôt étonnant. Mais, comme le rappelait Olivier Cousin, sociologue au Centre d'analyse et d'intervention sociologiques (Cadis-CNRS), lors d'une rencontre organisée par la CFDT-cadres en février,
« le management par objectif permet de structurer le travail, de le rendre prédictible, c'est une forme de clarification qui rassure, mais, le plus souvent, les objectifs restent très abstraits et les cadres sont rarement capables de dire quels sont leurs objectifs individuels précisément. Dans ce qu'ils font au quotidien, finalement, les objectifs ne sont pas si importants »
. On pourrait alors parler de
« petits arrangements des cadres avec leur travail » : « Ils ont conscience de beaucoup s'investir, de s'engager dans leur travail et d'ailleurs ils en retirent du plaisir et de la satisfaction
, juge Olivier Cousin,
mais ils ne sont pas dupes du discours managérial sur la performance ; ils sont capables de le relativiser et même d'en jouer. »
Chez BPI, on interprète encore différemment ces chiffres très positifs sur la perception qu'ont les cadres de leur travail :
« C'est une forme de nouveau «pari de Pascal», transposé à l'entreprise où l'on ne se mettrait pas à genoux pour croire mais où l'on dit que ça va bien pour que cela devienne une réalité »,
résume Jacques Doyen.
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