Ces managers qui se reconvertissent avec succès
MURIEL JASOR
Publié le : 04 février 2008
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Pour beaucoup - y compris les managers en entreprise -, les débuts d'année sont propices aux remises en question, voire au changement de vie.
Les entreprises découvrent toujours avec stupéfaction cette catégorie particulière de salariés. Des pros du secteur des nouvelles technologies, de la publicité, du conseil ou encore de la finance, qui se sont fortement engagés au sein de leur entreprise, y ont fait leurs preuves pendant plusieurs années, se sont même hissés à un niveau élevé de responsabilités avant de changer de braquet. Agés de trente, quarante ou quarante-cinq ans, ils déplacent la force de leur engagement dans un domaine qu'ils jugent plus épanouissant. Leur ambition ne s'est pas amoindrie et ils ne se sont pas transformés en doux rêveurs ou en détracteurs de l'économie de marché, mais ils désirent désormais s'investir d'une façon différente : plus humaniste, plus passionnée, plus éthique, plus intellectuelle ou encore ludique, quitte à devoir faire une croix sur un salaire substantiel, voire très substantiel (qui a aussi permis la constitution d'un solide et nécessaire bas de laine).
Comment réagissent les entreprises face à ce phénomène ? Guère dans l'anticipation, elles ne comprennent pas.
« C'était pourtant un haut potentiel »,
se souvient un patron d'une société high-tech.
« Nous l'avons recrutée dès sa sortie d'école et, au bout de dix ans, elle était patronne d'une filiale étrangère. »
Et puis, un beau jour, l'ambitieuse a choisi de partir pour... donner plus de sens à sa vie professionnelle. Aujourd'hui, à quarante ans, après une expérience humanitaire et un passage par le commerce éthique, elle redémarre outre-Atlantique une carrière au sein d'une organisation intergouvernementale.
Peu de regrets
Et il y a bien d'autres exemples, du chanteur Arbon, HEC et ancien directeur général de Flammarion, au comédien François-Xavier Demaison - un temps fiscaliste à New York -, en passant par Philippe Ségalot - HEC, ancien de L'Oréal et de Finacor -, devenu courtier incontournable sur le marché mondial de l'art contemporain.
« J'avais trente-sept ans et je cumulais quinze années d'expérience dans la finance quand j'ai choisi de partir »,
se souvient Alexandre Urwicz. Cet ancien responsable mondial de la ligne produit Equity Financing est depuis quatre ans à la tête d'Initiales, une agence immobilière haut de gamme installée à Paris, dans le quartier du Marais.
« L'agence, c'est pour l'activité économique et ma passion pour le patrimoine historique parisien. Mon luxe, c'est d'utiliser mon temps à faire ce que je veux : je me passionne pour la musique, j'écris, je m'investis aussi dans le secteur associatif et politique
(numéro deux d'une liste municipale Modem à Paris)
»
, détaille Alexandre Urwicz, qui continue de recevoir des appels de financiers en quête de conseils en vue d'un éventuel tournant de carrière.
« J'aurais pu me faire coach »,
poursuit-il en plaisantant, avant d'ajouter, cette fois sérieux :
« Les gros salaires et bonus, les jets, les palaces et toutes les dérives engendrées par l'argent, c'est grisant et de nombreux banquiers sont heureux avec ça mais, au final, beaucoup de gens - riches mais seuls et dénués de passion - souffrent dans le milieu de la finance. »
Certains, sous le coup de pressions familiales ou sociales, regrettent un futur planifié par d'autres et avouent s'être précipités vers une carrière qu'ils n'ont pas choisie. Comme cette diplômée de Cambridge et de l'Insead, ancienne pro de la stratégie d'entreprise, qui enseigne aujourd'hui le français et le russe dans une école privée d'outre-Manche.
« Le conseil en stratégie, la banque d'affaires sont des métiers dans lesquels on ne reste pas. Pour autant, ceux qui éprouvent du regret par rapport aux premiers emplois occupés ne sont pas légion. Car leur parcours a été essentiel : formateur, rémunérateur, riche en expériences, il les a fait gagner en maturité »,
tempère Diane Segalen, vice-president chez CTPartners.
« Et c'est la solidité de cette expérience qui les aide ensuite à réorienter leur parcours professionnel. »
Toutefois, rares sont les groupes à prendre le risque d'embaucher quelqu'un qui opère un changement radical de carrière. Publicis a cependant fait ce pari avec Guillaume Lévy-Lambert (sans lien de parenté avec le PDG, NDLR).
« J'étais banquier depuis treize ans, patron de la gestion institutionnelle et privée pour la zone Asie pour Paribas. Et puis, un beau jour, je me suis rendu compte que les fluctuations des cours de Bourse ne me fascinaient plus »,
se rappelle Guillaume Lévy-Lambert. Il avait, à l'époque, trente-cinq ans et le poste de son patron ne le faisait plus rêver. «
J'adorais depuis toujours la belle publicité au cinéma et je me suis dit que si je voulais rester performant, mieux valait pour moi rejoindre ce milieu. »
Pari gagné : il y a dix ans, Guillaume Lévy-Lambert est devenu patron de Publicis pour la zone Asie-Pacifique.
« Le groupe cherchait à s'implanter en Asie par voie de croissance externe. Je ne connaissais rien au métier de la publicité mais j'en avais la passion et l'intuition. De surcroît, je vivais en Asie depuis dix ans et je savais ce qu'étaient des fusions et acquisitions. »
Les services d'un coach
La greffe prend dès lors que les salariés savent ce qu'ils souhaitent faire et dans quel environnement. Les services d'un coach peuvent aussi leur être utiles pour mettre à mal des attentes irréalistes et combattre la notion de perte - d'un statut, d'un titre, d'un train de vie - qui, associée à la peur de l'échec, paralyse.
« Mais, avant d'opter pour le changement radical, tous devraient se demander si le métier dont il rêve n'existe pas dans leur société »,
conseille Diane Segalen. Car il est extrêmement difficile de changer à la fois d'employeur et de métier. Les plus grands groupes offrent de larges possibilités de reconversion : de patron opérationnel d'une filiale, Christian Herrault a, par exemple, pris la direction des ressources humaines et de l'organisation du groupe Lafarge. Changement de cap professionnel aussi pour Olivier Casanova qui de directeur financier adjoint chez Thomson en est devenu le tout récent directeur de la stratégie et du marketing.Pour ceux qu'un grand saut dans l'inconnu effraierait, un retour à l'école via un MBA constitue un tremplin idéal en vue d'un tournant professionnel mais coûteux (de 10.000 à 80.000 euros, éventuellement financés par l'entreprise). Sans compter d'autres possibilités comme le congé de création d'entreprise qui, assorti à une possibilité de retour en entreprise, autorise le droit à l'erreur. Et il arrive même à certains de renouer avec leurs premières amours : comme Marc Litzler qui, après avoir quitté la Société Générale, a ouvert une galerie d'art puis est revenu dans le milieu de la finance, à la direction générale de Calyon (groupe Crédit Agricole). Ou encore d'entamer une troisième existence professionnelle.
« J'ai vécu mon changement de métier, en 1997, avec un tel plaisir que je me suis juré de recommencer »,
s'exclame Guillaume Lévy-Lambert, aujourd'hui âgé de quarante-cinq ans. C'est chose faite, depuis fin 2007, avec la création de Tyna, une entreprise focalisée sur la gestion de talents (le nouveau chef d'entreprise nourrit aussi des projets personnels d'écriture).
« En définitive, il faut faire preuve de courage, suivre son intuition et croire aux contes de fées »,
assure Guillaume Lévy-Lambert.
« La cohérence du parcours suivi ? On la retrouve toujours en soi ; peu importe qu'elle soit ou non visible pour les autres ! »
D'autant qu'à écouter les autres, rien ne se ferait.
« Alors qu'en vérité les gens adorent ces histoires de reconversion ! »
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