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Six écoles planchent sur le sens du management
JEAN-CLAUDE LEWANDOWSKI
Publié le : 27 mai 2008
Elles organisent un cycle de débats diffusés sur Radio Classique. Une opération initiée par Audencia, avec le soutien de l'Institut de l'entreprise et des « Echos ».

L'une des précédentes conférences réunissait, en 2006, sur le campus nantais (de g. à d.) : Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France, Jean-Claude Lewandowski, journaliste aux « Echos », Michel Pébereau, président de BNP Paribas, et Frédéric Leroy, professeur responsable des enseignements transversaux à Audencia.

Un grand chef d'entreprise et un intellectuel de premier plan - philosophe, sociologue, historien : le duo peut surprendre. Ces deux profils n'ont pas si souvent l'occasion de dialoguer, et leurs préoccupations comme leurs modes de fonctionnement, a priori, les éloignent l'un de l'autre. C'est pourtant ce duo que vont réunir 6 grandes écoles - 3 de gestion (Audencia Nantes, Essec et Inseec) et 3 d'ingénieurs (Centrale Paris, HEI à Lille et Insa Lyon), dans le cadre d'un cycle de débats intitulé « Le sens du management », en partenariat avec l'Institut de l'entreprise et « Les Echos », et diffusé sur Radio Classique. Une opération lancée en 2006 par Audencia Nantes, et qui redémarre aujourd'hui avec les même partenaires - mais sur des bases plus larges. Le premier de ces débats associe aujourd'hui Louis Schweitzer, président de la Halde (1) et président du conseil d'administration de Renault, et le sociologue Robert Castel, professeur à l'Ehess (2). Thème retenu : la diversité dans les organisations.

« Nous sommes partis du constat que l'enseignement du management ne pouvait se réduire à la transmission d'outils et de techniques, mais qu'il fallait permettre aux futurs managers de prendre de la hauteur et d'intégrer dans leur champ de vision les grandes interrogations qui traversent la société, explique Jean-Philippe Muller, directeur de la stratégie et du développement d'Audencia . C'est d'ailleurs pour cette raison que nous insistons, depuis des années, à l'école, sur la culture générale. » L'opération permettra ainsi aux élèves d'approfondir leur réflexion sur des sujets comme l'éthique du dirigeant, sa responsabilité « sociétale », le développement durable...

« La philosophie et le management sont complémentaires, souligne pour sa part le philosophe André Comte-Sponville, qui avait inauguré la série en compagnie de Bertrand Collomb, président du conseil d'administration de Lafarge. « Le rôle de l'entreprise est, certes, de créer de la richesse, mais elle ne doit pas pour autant s'exonérer de toute réflexion et de toute responsabilité. Même s'ils sont accaparés par le court terme et la dictature du concret, les managers éprouvent aussi la nécessité de trouver un sens à leur action. Et le philosophe, même s'il ne connaît rien à l'entreprise, sait qu'il a besoin d'elle pour vivre. Chacun d'eux a besoin de l'autre. »

Culture générale au programme
Certes, de nombreuses écoles s'intéressent à la culture générale et la mettent volontiers à leur programme. Sous des formes variées : conférences, cours électifs, vie associative... Mais l'initiative, cette fois, va plus loin. D'abord, parce qu'elle fait appel à des personnalités de tout premier plan : Michel Pébereau, Pierre Rosanvallon, Bertrand Collomb, Luc Ferry, entre autres, ont ainsi pris part à la première série de débats, sur le campus d'Audencia. Ensuite, les échanges se dérouleront cette fois avec la participation d'élèves de 6 écoles, qui auront, avant chaque émission, planché sur le sujet, sous la conduite de leurs professeurs.

L'initiative répond en outre à deux préoccupations très actuelles. D'abord, la « quête de sens » chez les jeunes générations et surtout chez les futurs diplômés. Un besoin que relèvent toutes les études récentes sur ces publics. « Sans doute parce que le monde est plus complexe et qu'ils ressentent certaines inquiétudes, estime Jean-Pierre Boisivon, ancien délégué général de l'Institut de l'entreprise. Les élèves des grandes écoles, en particulier, veulent avoir des perspectives. »

Seconde préoccupation « dans l'air du temps », elle aussi : la nécessité de renouer les fils entre l'entreprise et les jeunes. De montrer que l'entreprise n'est pas le « monstre froid » dépeint parfois, échappant à toute logique autre que celle du profit maximal et à toute morale. Et qu'elle peut au contraire prendre en compte les attentes des jeunes et de l'ensemble de la société. Autrement dit, qu'elle est capable de « faire sens ».

Ce qu'ils en disent
Jean-Pierre Helfer, directeur général d'Audencia Nantes : « Il faut apporter une valeur ajoutée durable aux organisations dans lesquelles on travaille. Et pour cela, il est indispensable de créer du sens. Cela répond à une préoccupation partagée par tous les acteurs - et notamment par les entreprises, qui se sont mobilisées pour cette initiative. »Pierre Tapie, directeur général de l'Essec : « On ne peut pas, aujourd'hui, former des dirigeants sans leur donner le sens de l'histoire et de la complexité. Et cela va bien au-delà de la culture générale. Nous cherchons à forger leur conscience éthique à partir de mises en situation, mais aussi en nous appuyant sur les grands auteurs. Cela fait partie des gènes de l'Essec. Nous sommes très attendus sur ces sujets par les entreprises et la société, mais aussi par nos étudiants. »Catherine Lespine, directeur du groupe Inseec : « Un manager ne peut pas se contenter de régler les problèmes les uns après les autres : il doit acquérir une vision d'ensemble. La culture générale est le meilleur outil pour y parvenir. Avec cette initiative, nous ne cherchons pas à réaliser une opération de communication, mais à faire oeuvre de pédagogie. Nous devons habituer nos étudiants à rencontrer des gens qui réfléchissent. »Hervé Biausser, directeur de Centrale Paris : « Nous avons vocation à transmettre à une collectivité des valeurs auxquelles nous croyons. A un moment où les problèmes sont de plus en plus complexes, il est bon de mettre l'accent sur la culture, car cela aide à comprendre la logique de l'autre. Il faut souligner aussi la qualité des intervenants de ce cycle de débats. »Fabien Porée, directeur des études d'HEI (Hautes Etudes de l'ingénieur) : « La formation humaine des ingénieurs et l'ouverture sur le management sont des sujets auxquels nous attachons beaucoup d'importance. Nous avons d'ailleurs déposé le terme «managénieur». »

Des intervenants de haut niveau
Lors de la première sériede débats, en 2006-2007,les étudiants ont pu assisteraux rencontres suivantes :
• Bertrand Collomb et André Comte-Sponville : « La moraleen entreprise » .
• Louis Schweitzer et Robert Castel : « Egalité, mobilitéet protection » .
• Yazid Sabeg et Jean-Michel Besnier : « Universalitéet diversité » .
• Luc Ferry : « Risque, peuret responsabilité » .
• Michel Pébereau et Pierre Rosanvallon : « La relationà l'entreprise ».



(1) Haute Autorité de lutte contre les discriminations.(2) Ecole des hautes étudesen sciences sociales.(3) Robert Castel a notamment publié « La Discrimination négative : citoyensou indigènes ? » (Seuil)et, en collaboration,« Les Mutations de la société française »(La Découverte).

Tous droits réservés (2007) LES ECHOS
Source
Les Echos
Date de publication
27/05/08
Thème Management
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